Israël crée un bureau gouvernemental chargé de superviser le nettoyage ethnique de Gaza où le nombre de morts dépasse les 50 000

Des Palestiniens déplacés transportant leurs biens vont de Beit Hanoun à Jabaliya, un jour après la reprise de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza, mercredi 19 mars 2025.  [AP Photo/Jehad Alshrafi]

Le cabinet de sécurité israélien a officiellement voté en faveur de la création d'un bureau chargé de superviser le nettoyage ethnique de la bande de Gaza, a annoncé dimanche le ministre de la Défense Israël Katz.

Ce bureau serait un « Bureau d'émigration volontaire pour les habitants de Gaza intéressés par une relocalisation dans des pays tiers », a affirmé Katz.

En réalité, il n'y a rien de « volontaire » dans le programme que le gouvernement Netanyahou met en œuvre. La population de Gaza doit être forcée à quitter sa terre ancestrale par le biais d'une famine de masse délibérée et de tueries massives perpétrées par les Forces de défense israéliennes (FDI)

Katz a déclaré que le bureau permettrait

aux habitants de Gaza le passage pour leur départ volontaire vers des pays tiers, y compris la sécurisation de leurs déplacements, l'établissement d'itinéraires de passage, le contrôle des piétons aux points de passage désignés dans la bande de Gaza, ainsi que la coordination de la mise en place d'infrastructures permettant le passage par voie terrestre, maritime et aérienne vers les pays de destination.

Au début de l'année, le président américain Donald Trump avait demandé le déplacement du peuple palestinien de Gaza et appelé à l’annexion du territoire par les États-Unis. «Les États-Unis prendront le contrôle de la bande de Gaza. ... Elle nous appartiendra.» Trump avait ajouté que les États-Unis allaient «raser» Gaza.

Katz a réitéré le soutien du gouvernement israélien à la proposition de Trump, déclarant: «Nous travaillons par tous les moyens pour mettre en œuvre la vision du président américain.»

Le plan américano-israélien constitue une violation flagrante de l'interdiction, en vertu de la quatrième Convention de Genève, du transfert forcé de civils pendant les conflits armés.

Les États-Unis et Israël se livrent à une campagne visant à faire pression sur les pays du Moyen-Orient et d'Afrique pour qu'ils acceptent les Palestiniens une fois déplacés de force de Gaza. À la réunion israélienne sur la sécurité qui a mis en place le nouveau bureau, les membres du cabinet ont déclaré que les États-Unis travaillaient encore à trouver des pays acceptant les Palestiniens déplacés.

Le Jerusalem Post a rapporté:

L'administration du président américain Donald Trump était à la recherche de pays prêts à absorber et à réinstaller des Palestiniens de Gaza, ont déclaré des ministres israéliens lors d'une réunion de cabinet tenue samedi.

La semaine dernière, le Times of Israel rapportait, citant un journal libanais, que «le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a informé d'autres dirigeants arabes qu'il était prêt à relocaliser temporairement un demi-million d’habitants de Gaza dans le nord du Sinaï, dans une ville désignée dans le cadre de la reconstruction de la bande de Gaza». Mais au cours du week-end, le Bureau égyptien de l'information a affirmé que l’information était fausse et que l'Égypte n'accepterait pas les Palestiniens «en raison d'un risque pour la sécurité nationale».

Auparavant, l'Associated Press avait rapporté que les États-Unis et Israël avaient entamé des discussions avec des responsables du Soudan et de la Somalie sur un transfert des Palestiniens dans ces pays, se faisant ainsi l’écho du «plan Madagascar» de l'Allemagne nazie. Ce « Plan » avait précédé l'extermination massive des Juifs en Europe.

La formation du nouveau bureau chargé de superviser le nettoyage ethnique de Gaza est intervenue alors que le bilan officiel du génocide de Gaza atteignait 50 000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Cela représente environ 2,1 % de la population d'avant-guerre du territoire, 2,3 millions d'habitants, soit environ une personne sur 45.

Le ministère de la Santé a déclaré que plus de 113 000 Palestiniens de Gaza avaient été blessés depuis le début du génocide.

Même ces chiffres horrifiants sont susceptibles d'être largement sous-estimés. En janvier, la revue médicale The Lancet avait publié un article estimant que les chiffres du ministère de la santé sous-estimaient de 41 % le nombre réel de morts. Cela signifierait que le nombre réel de morts est supérieur à 70 000.

En novembre, le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies avait publié une analyse estimant que 70 % des personnes tuées par les bombardements israéliens à Gaza sur une période de six mois étaient des femmes et des enfants.

Dimanche, le ministère de la Santé a indiqué que 39 personnes avaient été tuées au cours des 24 heures précédentes, portant le nombre de morts à 673 depuis qu'Israël a commencé à bombarder Gaza massivement mardi dernier.

Israël a également annoncé qu'il étendait son invasion terrestre de Gaza. Au cours du week-end, l'armée israélienne a ordonné l'évacuation d'une partie de la ville de Rafah, dans le sud du pays, indiquant qu'elle commencerait bientôt des opérations terrestres dans cette zone. Cela s'ajoutait aux évacuations ayant lieu dans tout le nord de Gaza. Il y a deux mois, les gens étaient retournés dans leurs maisons et leurs quartiers détruits après l'annonce d'un «cessez-le-feu», qui a été depuis rompu de bout en bout par Israël.

Rosalia Bollen, spécialiste de la communication à l'UNICEF, a déclaré à Al Jazeera :

Avant les deux invasions terrestres qui ont commencé aujourd'hui – une invasion terrestre à Tal as-Sultan à Rafah et une invasion terrestre à Beit Hanoon dans le nord de Gaza – on estimait déjà à 125 000 le nombre de personnes en mouvement, forcées de fuir à nouveau, en raison de la violence et des ordres de déplacement des jours précédents.

Les invasions terrestres d'aujourd'hui ne font qu'aggraver la situation... Malgré les ordres d'évacuation indiquant un passage sûr, on signale des morts, des blessés, des personnes prises au piège – on signale que des ambulances ont été prises au piège et que des médecins ont été tués ou blessés.

Bollen poursuit ainsi:

Ces derniers jours, plus de 200 enfants ont été tués… Des centaines d'autres ont été blessés, y compris des blessures très graves, des brûlures sur tout le corps, des éclats d'obus logés à l'intérieur du corps, des fractures, des enfants qui ont perdu des membres, des enfants qui ont perdu leurs parents et leurs frères et sœurs. ... Nous sommes absolument terrifiés à l'idée de ce qui pourrait se passer dans les heures et les jours à venir.

Dimanche, Israël a mené une frappe sur l'hôpital Nasser à Khan Younès qui a tué un haut dirigeant politique du Hamas ainsi que des femmes et des enfants. Salah Bardawil, membre du bureau politique du Hamas, a été tué dans cette frappe aérienne avec sa femme. Bardawil était soigné à l'hôpital après avoir été blessé lors d'une frappe. Les attaques contre des hôpitaux, ainsi que l'assassinat de dirigeants politiques, sont des crimes de guerre interdits par le droit international. L'attentat a mis le service de chirurgie de l'hôpital complètement hors service.

Pendant ce temps, l'offensive militaire israélo-américaine se poursuit au Moyen-Orient. Les États-Unis ont poursuivi leurs frappes aériennes quasi-quotidiennes sur le Yémen au cours du week-end, tuant une personne. Depuis la semaine dernière, 50 personnes ont été tuées par les frappes aériennes américaines au Yémen. Une frappe aérienne israélienne dans le sud du Liban a tué huit personnes.

Depuis plus de deux semaines, Israël bloque complètement l'entrée de nourriture, d'eau et de fournitures médicales à Gaza, ce qui entraîne une aggravation de la malnutrition et de la famine.

(Article paru en anglais le 24 mars 2025)