La deuxième série d’audiences de la Commission d'enquête sur les relations de travail confirme la conspiration menée contre les travailleurs de Postes Canada

Dans le monde entier, les postiers sont attaqués ! Nous encourageons tous les travailleurs des postes à contacter le Comité de base des travailleurs des postes (CBTP) pour aider à construire un mouvement international des travailleurs des postes et de la classe ouvrière dans son ensemble pour s’opposer aux mesures d’austérité et l’assaut contre les droits des travailleurs. Remplissez le formulaire se trouvant en fin d’article ou écrivez à canadapostworkersrfc@gmail.com.

Bureau de Postes Canada à Winnipeg, au Manitoba [AP Photo/Trevor Hagan]

La deuxième série d’audiences de la Commission d'enquête sur les relations de travail passant en revue les activités de Postes Canada s’est tenue à Ottawa les 19 et 20 février. Les témoignages de la direction de Postes Canada et des représentants du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) ont clairement montré que la Commission d'enquête sur les relations de travail est en fait une conspiration contre les quelque 55 000 travailleurs des postes qui ont été forcés de retourner au travail et se sont vus privés de leur droit de grève par le gouvernement libéral de Trudeau en décembre.

Les postiers urbains et ruraux ont tenu des piquets de grève pendant plus de quatre semaines à l’approche des fêtes de fin d’année, affichant clairement leur détermination à faire échec à la volonté de la direction de restructurer de fond en comble la Société des Postes à l’instar d’Amazon et autres services de livraison du secteur privé. Cependant, la direction est restée intransigeante, sachant que le gouvernement interviendrait pour mettre fin à la grève et contribuer à l’application des revendications de la direction. Les Libéraux de Trudeau avaient déjà agi de la sorte à trois reprises au cours de l’année, notamment contre les débardeurs sur les deux côtes et les cheminots.

Le ministre du Travail Steven MacKinnon n’a pas déçu les patrons. Il a invoqué une interprétation manifestement inconstitutionnelle de l’Article 107 du Code canadien du travail (CCT) pour ordonner au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) d’imposer un « temps mort » à la grève. Cette ordonnance prive les travailleurs de leur droit de grève pendant cinq mois et prolonge jusqu’en mai prochain leur convention pourtant expirée depuis longtemps. Le STTP et l’ensemble de la bureaucratie syndicale, y compris le Congrès du travail du Canada, se sont pliés à cette interdiction de grève draconienne sans même lever le petit doigt, contribuant ainsi à forcer les postiers à reprendre le travail dans des conditions où le gouvernement Trudeau vacillait, suite à la démission de la ministre des Finances Chrystia Freeland.

Dans le cadre de l’interdiction de la grève, MacKinnon a invoqué l’Article 108 du CCT pour créer la CERT. Son président, l’arbitre fédéral chevronné William Kaplan, s’est vu confier un vaste mandat pour examiner les opérations et la situation financière de Postes Canada, et recommander des changements aux conventions collectives et au processus de négociation collective même.

Malgré des signes évidents que les travailleurs de la base étaient prêts à défier la décision du gouvernement de briser leur grève, la bureaucratie du STTP a acquiescé, leur ordonnant de retourner au travail et de se soumettre au processus concocté par le ministre du Travail. La présidente du STTP, Jan Simpson, a même assuré aux travailleurs que la CERT présenterait « des discussions critiques sur l’avenir de Postes Canada et sur les questions qui nous importent à tous ».

En réalité, il était clair, dès l’ordonnance initiale de MacKinnon, que la CERT aurait un parti pris contre les travailleurs. Alors que la direction de Postes Canada a les coudées franches pour préparer en coulisses ses attaques radicales visant à « Amazonifier » le service postal, les travailleurs se retrouvent pieds et poings liés par l’interdiction de leur grève, ne pouvant prendre légalement la moindre mesure collective contre l’assaut de la classe dirigeante tant que ce dernier ne sera pas entièrement peaufiné.

Un affidavit soumis par le professeur émérite de McGill Robert Hebdon au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) et à la CERT au nom du STTP montre clairement que l’ensemble du processus est entièrement biaisé par le gouvernement libéral en faveur de l’employeur. Selon Hebdon :

La CERT est un substitut inadéquat au droit de grève pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le mandat de Kaplan n’inclut pas la résolution de l’ensemble des questions en suspens. Comment parvenir à la paix sociale si ces questions ne sont pas immédiatement abordées ? La tâche fondamentale d’une tierce partie après une grève est de reproduire les résultats d’une négociation collective libre. Cette tâche fondamentale ne semble pas possible dans le cadre du mandat de la CERT.

Deuxièmement, les questions économiques ne sont pas mentionnées dans le mandat, mais Kaplan peut modifier la convention collective. Quels critères s’appliquent à ce processus de modification de la convention collective ? La procédure semble vague et quelque peu arbitraire.

Enfin, le syndicat n’a pas été consulté, tant sur la nomination du président de la CERT que sur son mandat. Comme je l’ai déjà dit, lorsque des questions de restructuration se posent entre les parties lors de la négociation collective, il est essentiel que le syndicat participe à tous les stades du processus de changement. Les accords imposés unilatéralement risquent de ne pas susciter l’adhésion de la partie exclue.

Cela confirme l’évaluation du WSWS faite lors de l’ouverture des audiences, à savoir que la CERT n’est qu’un simulacre, les travailleurs de la base étant effectivement exclus du processus. Les audiences, bien que publiques, ont été limitées à seulement 1 000 auditeurs lors d’un appel Zoom pour la première série, et à 3 000 pour la deuxième. Le STTP a exhorté les travailleurs à envoyer par courriel leurs observations au commissaire Kaplan, qui seraient mises à la disposition de l’employeur et du syndicat. On rapporte que 900 soumissions auraient été reçues avant la date limite du 14 février, ce qui représente moins de 2 % des membres du STTP.

Les travailleurs ont toutes les raisons de croire que Kaplan va produire un rapport appuyant entièrement les efforts de la direction de Postes Canada pour devenir rentable en « amazonifiant » ses activités par l’expansion du recours à des travailleurs moins payés et à temps partiel, la mise en œuvre de l’acheminement dynamique et la cannibalisation de ses activités afin de concurrencer les services de messageries privées.

Tout au long des négociations collectives avec le STTP, la direction de Postes Canada a plaidé un manque d’argent. Elle a invoqué des pertes de plus de 3 milliards de dollars depuis 2018 et l’abandon de l’envoi de lettres par la poste au profit de la livraison de colis par des concurrents à faible coût pour justifier la destruction des droits des travailleurs. Le mois dernier, le gouvernement libéral a rapidement accordé un prêt de sauvetage d’un milliard de dollars après que la direction de Postes Canada ait déclaré qu’elle serait à court de liquidités pour poursuivre ses activités d’ici le milieu de l’année. Le prêt était nécessaire pour que la société puisse rembourser les détenteurs d’obligations et a sans aucun doute été assorti de la condition que la direction réduise fortement les coûts de main-d’œuvre pour devenir « rentable ».

Un résumé d’une page de la présentation de la direction de Postes Canada à la Commission indique clairement le résultat souhaité. Il décrit les « changements urgents » à apporter aux conventions collectives et aux règlements gouvernementaux pour rendre les opérations « plus souples, plus efficaces et plus lucratives », c’est-à-dire plus exploitantes et donc plus rentables. Cela inclut des « modèles de dotation plus flexibles » pour les livraisons en semaine et le week-end, qui supprimeraient les itinéraires de livraison fixes.

La direction de Postes Canada propose également des « augmentations salariales modérées » qui permettront de « contenir les coûts », c’est-à-dire de réduire ses coûts en main-d’œuvre en octroyant des augmentations salariales inférieures à l’inflation ou en procédant au remplacement de postes à temps plein par des postes à temps partiel ou des emplois temporaires.

Parmi les autres demandes de changement figurent la levée des moratoires sur la fermeture des bureaux de poste ruraux et le passage de la livraison à domicile aux boîtes postales communautaires, ainsi que la révision du Protocole du service postal canadien afin de permettre « la mise à jour des normes de service, de la fréquence de livraison et des exigences relatives aux bureaux de poste ».

La réorganisation de Postes Canada envisagée par la direction a été décrite par Ian Lee, professeur de gestion des affaires à l’Université Carleton et ancien cadre de Postes Canada, dans une interview accordée à CBC News le mois dernier. Selon Lee, un service postal allégé verrait les opérations urbaines rentables confiées à des services de courrier privés à but lucratif, et la livraison à domicile éliminée au profit de boîtes postales situées dans les chaînes d’épiceries et les pharmacies. Pendant ce temps-là, Postes Canada continuerait de fonctionner comme une entreprise subventionnée par les contribuables, ne desservant que les communautés rurales et éloignées jugées non rentables par les services de messagerie privés. Une transformation aussi radicale entraînerait la destruction de milliers d’emplois et servirait de modèle à la dévastation d’autres services publics.

Le STTP a beau soutenir que l’initiative de cassage de grève de MacKinnon, comprenant le recours à la CERT, est inconstitutionnelle, il accepte tout de même le cadre établi par le gouvernement et exprime clairement sa détermination à travailler avec la direction pour devenir rentable. Le syndicat a notamment accepté l’extension de la livraison les fins de semaine, mais effectuée par des travailleurs à temps plein plutôt qu’à temps partiel, et l’expansion des services au-delà du travail postal traditionnel, avec notamment l’offre de services bancaires, les visites de bien-être pour les personnes âgées et l’installation de stations de recharge pour véhicules électriques sur la propriété de la Société canadienne des postes.

Comme l’a fait remarquer un membre du Comité de base des travailleurs des postes (CBTP) qui a assisté aux dernières audiences, « toute la commission s’est concentrée sur la rentabilité des bureaux de poste. Les trois parties concernées – le gouvernement, l’employeur et le syndicat – sont fondamentalement d’accord sur le fait que nos emplois doivent être subordonnés au remboursement du prêt d’un milliard de dollars accordé par le gouvernement. Les parties diffèrent seulement sur la manière exacte de soutirer ce milliard de dollars aux travailleurs, et sur la mesure dans laquelle nos droits et avantages durement acquis doivent être sacrifiés pour concurrencer de manière rentable les entreprises de livraison privées qui n’ont pas pour mandat de fournir un niveau élevé de service à la clientèle à chaque adresse canadienne.

« Si les changements envisagés par la CERT se concrétisent, les travailleurs des postes verront très rapidement leurs salaires, leurs avantages sociaux et leurs conditions de travail se détériorer, créant ainsi un dangereux précédent pour le reste de l’économie. Le droit de grève a été essentiellement abandonné par les bureaucraties syndicales, dans le dos des travailleurs, et tous les autres droits, gagnés avec le sang et la sueur des travailleurs, suivront rapidement si nous ne prenons pas les choses en main. »

Contrairement à la bureaucratie du STTP, le CBTP a élaboré un programme de lutte pour s’opposer à la subordination des emplois et des conditions de travail des travailleurs au profit capitaliste et demande que Postes Canada soit gérée comme un service public financé à part entière, plutôt que comme une société d’État à but lucratif. Le CBTP a tiré trois leçons importantes de la capitulation du STTP devant les briseurs de grève du gouvernement :

Nous sommes confrontés à une lutte politique qui nous oppose à la direction de Postes Canada et à l’ensemble des entreprises canadiennes, qui salivent à l’idée d’utiliser toute défaite des travailleurs des postes pour étendre l’assaut contre les salaires, les avantages sociaux et les conditions de travail à l’ensemble de la classe ouvrière. Les entreprises savent que le gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, soutiendra leurs demandes de concessions.

Le STTP et les autres syndicats du CTC ne sont pas des mécanismes qui nous permettent de faire avancer notre lutte, mais des moyens par lesquels les entreprises canadiennes étouffent la résistance de la classe ouvrière. Ils sont les principaux soutiens du gouvernement Trudeau, un gouvernement de guerre et d’austérité. Au cours des dernières décennies, les syndicats ont développé toutes sortes de partenariats corporatistes avec les grandes entreprises et l’État. Ils sont dirigés par une caste de bureaucrates qui tirent des privilèges lucratifs – notamment leurs salaires à six chiffres – en maintenant l’ordre au sein de la classe ouvrière.

Nous devons prendre notre lutte en main. Mettons sur pied des comités de base dans chaque lieu de travail afin de prendre le contrôle de nos luttes contractuelles en le retirant des mains de la bureaucratie du STTP. Nous briserons ainsi l’isolement qui nous est imposé par le CTC en lançant un appel à tous les travailleurs pour qu’ils se joignent à nous dans une grande contre-offensive menée par tous les travailleurs pour la défense des services publics et de tous les emplois, et pour le contrôle ouvrier de la production et de la gestion des services publics.

La dernière audience de la CERT est prévue pour le 25 mars, le rapport final de Kaplan devant être remis le 15 mai, soit une semaine avant que les postiers ne retrouvent le droit de grève.

(Article paru en anglais le 25 février 2025)

Loading