L'auteur et militant montréalais Yves Engler, éminent opposant au militarisme canadien et au génocide israélien à Gaza, a été arrêté et emprisonné dans le cadre de poursuites malveillantes et politiquement motivées, sur la base d'accusations forgées de toutes pièces de harcèlement et d'obstruction à la justice.
L'affaire contre Engler a été lancée par des éléments fascistes et sionistes, qui bénéficient du soutien total de l'État canadien : du gouvernement libéral soutenu par les syndicats et des gouvernements provinciaux de toutes tendances politiques à la police et aux forces de sécurité.
Le Parti de l'égalité socialiste dénonce sans équivoque les poursuites engagées contre Engler et exige l'abandon de toutes les charges retenues contre lui, qui sont forgées de toutes pièces et de nature vindicative. La campagne menée contre lui s'inscrit dans le cadre de la persécution par l'élite dirigeante canadienne des opposants à la guerre impérialiste et au génocide en cours contre les Palestiniens. Cette campagne comprend des arrestations de masse par la police, l'intimidation violente des manifestants et la diffamation des manifestants, traités d’« antisémites ».
Le mercredi 19 février, Engler a publié sur son site web qu'il avait été informé par la police de Montréal d'une plainte déposée contre lui par Dahlia Kurtz, une activiste sioniste de Toronto, avec l'aide du cabinet d'avocats Spiegel Sohmer et de l'un de ses directeurs, Neil Oberman, le candidat fédéral conservateur dans la circonscription de Mont-Royal. Oberman est tristement célèbre pour ses dénonciations des campements d'étudiants contre le génocide et du rapporteur spécial des Nations unies sur les territoires palestiniens, Francesca Albanese.
Engler est un journaliste et auteur radical qui a habilement fait la lumière sur certains des crimes de l'impérialisme canadien. Critique nationaliste canadien «de gauche » du partenariat militaro-stratégique d'Ottawa avec Washington, il a écrit sur les relations étroites de l'impérialisme canadien avec les fascistes ukrainiens, sur la dévastation de communautés en Amérique latine et en Afrique par les activités destructrices des compagnies minières canadiennes, et sur le rôle agressif du Canada au sein de l'OTAN.
Engler a expliqué que la plainte déposée contre lui portait sur le fait qu'il avait « décrit Kurtz comme une partisane du “génocide” et une “fasciste” sur Twitter ». Coupable. J'ai répondu à des dizaines de reprises aux messages racistes et violents anti-palestiniens de Kurtz sur X ».
Engler, et des milliers d'autres, ont répondu à des messages tels que ceux-ci :
Engler poursuit :
Le 5 juillet 2024, Kurtz m'a envoyé la déclaration suivante sur Twitter : « Bonjour, @EnglerYves. Je vous informe dans ce message que vous me harcelez. Vous me menacez et vous me faites craindre pour ma sécurité. Vous devez cesser ce harcèlement et cesser de communiquer avec moi. Arrêtez maintenant. »
Elle a cité sur Twitter un message que j'avais publié six jours plus tôt et qui disait : « La raciste Dahlia soutient l'assassinat d'enfants palestiniens. 20 000 n'est pas suffisant, elle veut faire couler encore plus de sang palestinien. »
Comme l'a immédiatement fait remarquer un utilisateur de X et comme le sait certainement Kurtz, la plateforme dispose d'un mécanisme pour ceux qui ne veulent plus entendre parler d'un autre utilisateur. Ils peuvent bloquer cet utilisateur. Kurtz a choisi de ne pas me bloquer et d'engager des poursuites pénales.
En avril 2024, Engler a également enregistré une vidéo de lui interrogeant Oberman, qui faisait partie d'un groupe cherchant à obtenir une injonction du tribunal contre un campement pacifique d'étudiants contre le génocide sur le terrain de l'Université McGill. Engler lui a demandé «s'il avait un problème avec la mort de 15 000 enfants palestiniens ». Oberman s'est éloigné avec colère.

La police a demandé à Engler de cesser de parler de l'affaire, ce qu'il a refusé à juste titre, déclarant : « c'est une violation flagrante de ma liberté d'expression ».
Engler a rapidement écrit un billet de blogue sur son épreuve, avec un lien vers un site de campagne où les sympathisants pouvaient écrire à la police de Montréal pour protester contre les accusations portées contre lui. Jeudi matin, 2500 lettres avaient été envoyées. Vendredi soir, plus de 7000 lettres avaient été envoyées.
Cette campagne a indigné la police de Montréal, qui a informé Engler le lendemain qu'il faisait l'objet de nouvelles accusations : « harcèlement » de la police !
Engler a écrit,
Aujourd'hui, un nouvel enquêteur m'a appelé pour me dire que l'enquêteur Crivello se sentait menacé par mes écrits sur les accusations portées contre moi. La police de Montréal va m'accuser d'intimidation, de harcèlement, de communication harcelante et d'entrave à l'égard de Crivello.
L'enquêteur de la police a également annoncé qu'ils allaient me garder pour la nuit de peur que je ne « récidive ». En d'autres termes, il se pourrait que j’écrive encore sur les accusations absurdes portées contre moi. Je l’avoue, je suis coupable.
Engler s'est présenté à la police à l'heure, vendredi matin à 9h. Son père a ensuite informé ses partisans via les médias sociaux que « les procureurs ont refusé de le libérer [sous caution] à moins qu'il n'accepte de ne pas parler publiquement de l'affaire, y compris de nommer directement ou indirectement l'influenceur qui a déposé la plainte contre lui ».
Engler est détenu ce week-end, dans l'attente d'une nouvelle audience le lundi 24 février.
L'attaque anti-démocratique contre Engler est une escalade inquiétante et dangereuse dans une campagne permanente de la classe dirigeante visant à faire taire et à calomnier tous les opposants à la guerre impérialiste et au génocide d'Israël contre les Palestiniens. Les travailleurs du monde entier doivent s'y opposer vigoureusement. Si l'attaque contre Engler réussit, l'État sera en mesure de faire taire ses détracteurs en recourant au harcèlement juridique et à l'intimidation. Si la proposition de bâillon à l'encontre d'Engler est maintenue, toute personne visée sera incapable de mener une campagne publique pour sa propre défense.
L'attaque contre Engler s'inscrit dans le contexte d'une expansion rapide de la censure et de la persécution par l'État des opposants à la guerre et au génocide dans le monde entier. Aux États-Unis, le président fasciste Donald Trump a appelé à la déportation des manifestants contre le génocide de Gaza et s'efforce d'établir une dictature présidentielle pour écraser l'opposition sociale à la guerre et à l'enrichissement de l'oligarchie financière dont il est le porte-parole. En Allemagne, Albanese a été empêché de prendre la parole lors de deux réunions à Berlin et à Munich la semaine dernière, et n'a pu organiser un événement condamnant le génocide israélien contre les Palestiniens que dans un lieu encerclé par la police anti-émeute. Le régime ukrainien de Zelensky, qui ne survit que grâce au soutien militaire et financier qu'il reçoit de Washington, Berlin et Ottawa, détient depuis dix mois l'opposant socialiste à la guerre des États-Unis et de l'OTAN contre la Russie, Bogdan Syrotiuk, dans une prison de haute sécurité pour le « crime » d'avoir appelé les travailleurs russes et ukrainiens à s'unir autour d'un programme socialiste et internationaliste contre la guerre.
L'arrestation d'Engler n'a suscité pratiquement aucune protestation au sein de l'establishment politique canadien. Il s'agit d'un cas où le silence est synonyme de consentement. Sous la houlette du gouvernement libéral de Trudeau, tous les niveaux de gouvernement et les partis politiques ont approuvé un assaut contre les opposants à la guerre et au génocide depuis l'invasion russe de l'Ukraine provoquée par les États-Unis en février 2022 et le génocide israélien à Gaza.
Cette campagne contre les opposants à l'impérialisme a commencé par la tentative de la classe dirigeante de faire taire toutes les critiques de la guerre du Canada contre la Russie en Ukraine. Lorsque l'International Youth and Students for Social Equality (IYSSE) a fait campagne pour organiser la première réunion anti-guerre de Toronto en juin 2023, des politiciens canadiens de premier plan, dont le ministre du Travail de l'Ontario Monte McNaughton, le conseiller municipal de Toronto Brad Bradford et l'ancien ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick Dominic Cardy, ont exigé que la Bibliothèque publique de Toronto annule son contrat de location et que la réunion soit annulée. L'IYSSE a organisé une campagne internationale vigoureuse pour défendre son droit de se réunir et de s'exprimer en public, s'attirant le soutien de travailleurs du monde entier, y compris en Ukraine et en Russie, et du fondateur de Pink Floyd, Roger Waters. Grâce à cette puissante campagne de défense, la réunion a pu avoir lieu.
L'establishment politique canadien a montré son attitude à l'égard des droits démocratiques en septembre 2023, lorsque, le premier ministre Trudeau en tête, tous les députés se sont levés pour ovationner le vétéran de la Waffen-SS Yaroslav Hunka, un nazi ukrainien impliqué dans l'Holocauste et d'autres crimes monstrueux.
Après le début de l'assaut israélien sur Gaza, le gouvernement Trudeau a pris l'initiative de qualifier d'«antisémite » toute critique à l'égard de l'État sioniste, une démarche à laquelle se sont ralliés tous les principaux partis. Marit Stiles, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l'Ontario, a expulsé la députée Sarah Jama du caucus parlementaire du NPD après que celle-ci, s'appuyant sur les conclusions des Nations unies, a qualifié Israël d'« État d'apartheid » et condamné l'occupation des terres palestiniennes en octobre 2023. Jama a été dénoncée par le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, depuis l'assemblée législative, et traitée d’« antisémite », et la majorité conservatrice du parlement provincial a voté pour la censurer, l'empêchant de s'exprimer sur quelque sujet que ce soit dans l'hémicycle. La direction du NPD s'est entendue pour empêcher Jama de se présenter comme candidate du NPD aux élections provinciales de ce jeudi.
La mise à l'écart de Jama a servi de point de départ à une attaque généralisée contre les manifestations dans tout le pays. Les membres d'un groupe de protestation à Toronto, connu sous le nom de « Peace 11 », ont été arrêtés par la police lors de descentes matinales et ont fait l'objet de poursuites pénales après avoir barbouillé de peinture rouge les magasins Indigo Books pour protester contre le fait que la propriétaire de la chaîne, la multimillionnaire sioniste Heather Reisman, utilise sa richesse considérable pour soutenir les vétérans des Forces de défense israéliennes. Lorsque les étudiants ont occupé les campus universitaires au printemps 2024 pour protester contre le génocide en cours, les autorités universitaires, encouragées par les gouvernements provinciaux, ont déployé la police à Toronto et à Montréal pour disperser violemment les camps.
La répression impitoyable des manifestants anti-guerre et anti-génocide s'est accompagnée d'un accroissement des pouvoirs arbitraires de l'État à l'encontre des travailleurs qui luttent pour défendre leur emploi et obtenir de véritables augmentations de salaires et d'avantages sociaux. Au cours des six derniers mois de 2024, le gouvernement libéral fédéral s'est arrogé de nouveaux pouvoirs draconiens, fondés sur une réinterprétation du Code canadien du travail, pour priver quatre groupes distincts de travailleurs de leur droit de grève et de négociation collective. Le ministre du Travail Steven MacKinnon a affirmé son droit d'ordonner unilatéralement la fin des conflits, y compris une grève d'un mois de 55 000 travailleurs postaux, sans même un vote parlementaire.
Dans ces conditions, la défense de la liberté d'expression d'Yves Engler est une tâche politique urgente pour tous les travailleurs. Elle doit être entreprise dans le cadre de la construction d'un mouvement de masse de la classe ouvrière au Canada et à l'échelle internationale contre la répression étatique et la guerre impérialiste, ainsi que contre les attaques croissantes contre la classe ouvrière qui vont de pair avec ces développements. Pour qu'un tel mouvement l'emporte, il devra se battre pour un programme socialiste mettant fin à la guerre et à l'austérité capitaliste, et assurant les droits démocratiques de tous.
(Article paru en anglais le 23 février 2025)