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WSWS : Nouvelles et analyses : Etats-Unis

La politique de classe de la crise du plafond de la dette américaine

Par Patrick Martin
22 juillet 2011

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L'establishment politique de Washington et les médias américains porteront au cours de ces deux prochaines semaines une attention toute particulière à la date butoir du 2 août pour le relèvement du plafond de la dette fédérale. Sans action du Congrès pour rehausser la limite de la dette d’ici cette date, le gouvernement américain, selon le département du Trésor, sera incapable d’emprunter de l’argent pour assurer les paiements de dépenses, dont les chèques de Sécurité sociale qui doivent être envoyés le 3 août à 50 millions d’allocataires, et les paiements d’intérêts afférents aux obligations du Trésor américain arrivant à échéance à la fin du mois.

Pour comprendre la signification de cette crise de plafonnement de la dette et des mesures qui sont proposées pour la résoudre, il est nécessaire de démêler le tissu de mensonges tramé par les politiciens démocrates et républicains à Washington et qu’intensifient les commentaires fait par les médias qui sont à la botte des grandes entreprises, tant dans le camp libéral que républicain.

Pourquoi une « réduction du déficit » est-elle à présent réclamée à l’unanimité dans tous les milieux politiques américains ? Quelles sont les questions de classe fondamentales sous-jacentes à cette campagne ?

L’élite dirigeante américaine est en train de commettre le plus grand vol des travailleurs de l’histoire américaine. Lors du sauvetage des banques en 2008-2009, l’aristocratie financière avait efficacement reporté sur le gouvernement ses mauvaises créances et ses pertes issues de décennies de spéculations irresponsables. A présent, la classe ouvrière est obligée de payer le prix du pillage du Trésor public par Wall Street par la démolition de la Sécurité sociale, de Medicare, de Medicaid et d’autres programmes sociaux dans le domaine de l’éducation, de l’environnement, du transport et du logement.

Lorsqu'ils entendent Barack Obama, John Boehner [le chef de file des Républicains] et d’autres politiciens et représentants des médias et du patronat déclarer qu’il « n’y a pas d’argent » pour maintenir des programmes vitaux dont des millions de travailleurs dépendent pour leur survie, ces derniers devraient repenser à la crise financière qui a éclaté il y a moins de trois ans. On n'avait pas dit alors qu'il « n’y a pas d’argent » pour sauver les banques de l’effondrement. Au contraire, des sommes colossales et en principe illimitées – à hauteur de 23,7 mille milliards de dollars en espèces, en crédits et en garanties du Trésor, de la Banque centrale des Etats-Unis et d’autres institutions – avaient été débloquées pour défendre le système capitaliste et les intérêts financiers des ultra-riches.

Il y a un fort élément de manipulation politique dans le conflit actuel sur le plafond de la dette fédérale. Au début, les Républicains du Congrès ont cherché à recourir à la loi pour rehausser le plafond de la dette – une procédure comptable utilisée des dizaines de fois au cours de ces quatre dernières décennies – pour s'attirer les faveurs de certains éléments du mouvement ultra droitier Tea Party. En maintenant le plafond de la dette à un niveau élevé, ils espèrent forcer le gouvernement Obama à opérer des réductions plus importantes tout comme ils l’avaient fait en avril et en mai pour bloquer le budget pour l’exercice 2011.

Mais ces calculs avaient été contrariés lorsque Obama avait proposé des coupes encore plus grandes dans les dépenses que celles exigées par les Républicains du Congrès, les liant à une faible augmentation des impôts pour les riches. Il proposa même d’ajouter à l’ordre du jour des réductions des dépenses de la Sécurité sociale, suscitant ainsi des plaintes de la part des Républicains du Congrès qui disaient avoir été « dépassés » à droite par la Maison Blanche.

Obama profite clairement de l’élément de crise provoqué par la date butoir du 2 août pour créer une atmosphère politique dans laquelle de telles coupes massives peuvent être mises en œuvre.

Dans ce conflit, le gouvernement Obama forme le fer de lance de l’assaut de la classe dirigeante américaine contre les travailleurs. Ses propositions d’éliminer les niches fiscales profitant aux grandes entreprises et aux riches sont largement considérées par l’aristocratie financière comme un désagrément mineur qui procurera une couverture politique aux réductions budgétaires plus larges. Ces mesures étant soi-disant la preuve d’un « sacrifice commun » comme si des millionnaires payant un peu plus pour un avion d’affaires pouvaient être comparés à un couple de retraités contraints de choisir entre payer le loyer ou payer les factures médicales ou un étudiant obligé de quitter l’université faute d’avoir obtenu une bourse [Pell Grant, subvention accordée aux étudiants nécessiteux].

De plus, les multimillionnaires ont reçu l’assurance que la moindre charge aux dépens de leur fortune incorporée dans un éventuel plan de réduction du déficit sera plus que compensée dans des propositions de réforme fiscale qui réduira radicalement le taux d’imposition général des entreprises et des ménages à revenu élevé.

Personne ne devrait se faire d'illusions sur l’ampleur des réductions qui sont en train d’être élaborées à Washington. Le gouvernement Obama se concentre sur des changements qui seront dévastateurs pour la classe ouvrière. Ces coupes jetteront des millions de travailleurs dans des conditions de pauvreté, de famine, de maladie et de mort prématurée.

Pour la classe dirigeante, c’est une occasion unique de saper une fois pour toutes les programmes sociaux, notamment la Sécurité sociale, Medicare et Medicaid que l’élite financière considère être un fardeau intolérable. Dans la mesure où Obama a pris les devants dans cet assaut, il se sent visiblement renforcé politiquement tandis que les Républicains du Congrès sont en plein désarroi.

Néanmoins, l’issue du conflit politique à Washington n’est pas encore tranchée. Les divisions existant au sein et entre les deux partis capitalistes pourraient, du moins momentanément, mener à une impasse allant au-delà de la date butoir du 2 août.

Tandis que cela d éclencherait sans aucun doute une tempête médiatique, et peut-être même une perturbation significative des marchés financiers, l’évolution d'ensemble de la situation resterait inchangée. La seule déclaration concrète d’Obama sur ce qui se passerait si la date limite du 2 août était dépassée – à savoir qu’il « ne pourrait pas garantir » que les chèques de la sécurité sociale soient envoyés comme prévu – montre qu’en cas d’une nouvelle crise financière les divisions de classe apparaîtront encore plus crûment. Il n’a pourtant pas menacé de retenir les paiements à l’adresse des détenteurs milliardaires d’obligations ou des géants de l’armement.

En faisant de la réduction du déficit son cri de guerre, le gouvernement Obama a révélé son véritable caractère de classe. C’est un gouvernement pour, par et de l’aristocratie financière – comme l’ont montré les rentrées d’importantes sommes d’argent pour la campagne de réélection d’Obama, plus du double de celles de tous les Républicains réunis.

Le cap adopté par le gouvernement Obama dépasse le cynisme affiché par ses apologistes libéraux du New York Times et du magazine Nation ainsi que de groupes tels l’International Socialist Organization qui décrivent Obama comme étant une figure politique « progressiste » dont l’élection inaugurerait une nouvelle époque de réformes sociales aux Etats-Unis. Au lieu de cela, Obama a intensifié la guerre en Afghanistan, a lancé de nouvelles attaques militaires contre la Libye, le Yémen et la Somalie, a poursuivi les attaques du gouvernement Bush contre les droits démocratiques et cherche actuellement à surpasser les Républicains en imposant une politique d’austérité dans le pays.

Le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) appelle tous les travailleurs à s’opposer à l’ensemble des coupes dans les programmes sociaux, quels que soient les partis qui en sont les auteurs ou quels que soient les arguments utilisés pour les justifier. Les Démocrates et les Républicains exécutent les dictats d’une infime fraction de la population américaine, les banquiers, les PDG des grands groupes et les investisseurs ultra-riches – ceux qui sont responsables de la crise en premier lieu.

Pour les travailleurs américains, le premier pas dans cette lutte est de rompre avec le système actuel des deux partis patronaux afin de lutter pour la construction d’un mouvement de masse socialiste de la classe ouvrière aux Etats-Unis et internationalement. C’est la perspective avancée par le Socialist Equality Party.

(Article original paru le 19 juillet 2011)

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