Après quatre ans de conflit et de carnage, la guerre s'est terminée assez
soudainement en novembre 1918. Ce qui y a mis fin tenait plus à l'évolution
des conditions politiques entre les belligérants qu'aux résultats obtenus
sur le champ de bataille. La révolution d'Octobre entraîna un désengagement
rapide de la Russie. L'armée française, mise à genoux par les mutineries de
soldats en 1917, était au bord de l'effondrement. Seule l'arrivée des
troupes et du matériel américain du côté des alliés permit d'éviter la
défaite et de restaurer, au moins en partie, le moral des troupes.
L'opposition à la guerre gagnait rapidement en Allemagne, en particulier à
la suite de la victoire des Bolcheviques en Russie. En octobre 1918, une
mutinerie des marins en Allemagne déclencha un mouvement plus large de
contestation révolutionnaire qui entraîna l'abdication du Kaiser Guillaume
II. Incapable de poursuivre la guerre, l'Allemagne fit une proposition de
paix.
En dépit de la défaite de l'Allemagne, la guerre n'avait pas produit les
résultats que la Grande-Bretagne et la France avaient envisagés au départ. À
l'Est, la guerre avait entraîné une révolution socialiste en Russie et la
radicalisation de la classe ouvrière à travers toute l'Europe. À l'Ouest, la
guerre créait une situation où les États-Unis – ayant subi peu de pertes –
pouvaient émerger comme la puissance capitaliste dominante.
De plus, le traité de Versailles de 1919 préparait l'éclatement de
nouveaux conflits. Les exigences agressives dictées par l'impérialisme
français ne faisaient rien pour stabiliser les relations sur le continent
européen. Le démantèlement de l'Empire austro-hongrois entraîna la création
d'une série de nouveaux Etats nations instables, déchirés par des rivalités
anciennes et explosives entre sections dirigeantes. Surtout, le traité de
Versailles ne créait pas de nouvelles bases pour le retour de l'équilibre
économique en Europe. Au lieu de cela, l'économie capitaliste mondiale
était, à la sortie de la guerre, traversée par des déséquilibres qui
allaient entraîner l'effondrement sans précédent qui démarrerait à Wall
Street en octobre 1929.
Un autre facteur important dans la réémergence des tensions
internationales qui devait aboutir à une reprise de la guerre mondiale en
1939 était le rôle des États-Unis dans les affaires mondiales. Même si
Wilson a été applaudi – particulièrement après l'entrée en guerre des
États-Unis et la victoire de la révolution socialiste en Russie – comme le
sauveur de l'Europe capitaliste, il devint rapidement évident pour la
bourgeoisie européenne que les intérêts des États-Unis ne correspondaient
pas entièrement aux siens.
Si elle donnait des sueurs froides aux diplomates britanniques,
l'expansion régulière de la puissance américaine mettait franchement à vifs
les nerfs des représentants les plus pugnaces de l'impérialisme germanique.
Dans sa récente étude Wages of Destruction [le salaire de la
destruction], sur les origines de la Guerre mondiale, l'universitaire
renommé Adam Tooze écrit :
« L'Amérique devrait nous fournir le point d'appui nécessaire à la
compréhension du Troisième Reich. En cherchant à expliquer la précipitation
de l'agression hitlérienne, les historiens ont sous-estimé sa conscience
exacte de la menace que faisait peser sur l'Allemagne, ainsi que sur le
reste des puissances européennes, l'émergence des États-Unis en tant que
superpuissance dominante mondiale. En s'appuyant sur les tendances
économiques de l'époque, Hitler avait déjà prédit dans les années 1920 que
les puissances européennes n'avaient que quelques années devant elles pour
s'organiser contre cette inévitabilité. […]
L'agression lancée par le régime de Hitler peut donc être rationalisée
comme une réponse intelligible aux tensions créées par le développement
inégal du capitalisme global, tensions qui, bien entendu, sont toujours
parmi nous aujourd'hui. [pp. xxiv-xxv.] »
L'analyse de Trotsky en 1934
Les années qui ont suivi la fin de la première Guerre mondiale ont vu la
grande période du pacifisme. Wilson avait affirmé en déclarant la guerre à
l'Allemagne en 1917 que les États-Unis menaient une guerre « pour mettre fin
à toutes les guerres. » La Ligue des nations – à laquelle les États-Unis ont
refusé d'adhérer – a été créée par les vainqueurs européens. En 1927, la
France et les États-Unis ont négocié le pacte Briand-Kellogg, qui mettait la
guerre hors-la-loi. Et pourtant, les tensions internationales devinrent de
plus en plus intenses, en particulier après l'effondrement de Wall Street,
le début de la dépression mondiale, et la déstabilisation politique de
l'Europe qui s'en est suivie – dont l'arrivée de Hitler au pouvoir en
janvier 1933 était l'expression la plus menaçante.
Personne n'a saisi les implications de la crise du capitalisme mondial
qui se développait avec plus de prévoyance et de clarté que Léon Trotsky. En
juin 1934, exilé d'Union soviétique par le régime bureaucratique
réactionnaire dirigé par Staline, Trotsky écrivait :
« Les mêmes causes, inséparables du capitalisme moderne, qui ont provoqué
la dernière guerre impérialiste, ont maintenant atteint un degré de tension
infiniment supérieur à ce qu'elles étaient en 1914. La crainte des
conséquences d'une nouvelle guerre est l'unique facteur qui entrave la
volonté des impérialistes. Mais l'efficacité de ce frein a des limites. Le
poids des contradictions internes pousse un pays après l'autre dans la voie
du fascisme, lequel, à son tour, ne peut se maintenir au pouvoir qu'en
préparant des explosions internationales. Tous les gouvernements ont peur de
la guerre. Mais aucun n'est libre de son choix. Sans une révolution
prolétarienne, une nouvelle guerre mondiale est inévitable. » [Écrits de
Léon Trotsky (1933-34) p.300]
Trotsky insistait, comme il l'avait fait en 1914, sur le fait que la
principale source des tensions mondiales se trouvait dans la contradiction «
entre les forces productives et le cadre de l'Etat national, en conjonction
avec la principale contradiction – entre les forces productives et la
propriété privée des moyens de production… » [p. 304]
Avec Hitler au pouvoir, les défenseurs, libéraux et réformateurs, de la
bourgeoisie impérialiste en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis
avaient commencé à expliquer qu'une nouvelle guerre serait une guerre contre
la dictature. Cet argument allait en fin de compte être repris par le régime
soviétique stalinien. Trotsky refusait fermement cette interprétation. « Une
guerre moderne entre les grandes puissances, » écrivait-il, « ne signifie
pas un conflit entre la démocratie et le fascisme mais une lutte entre deux
impérialismes pour le partage du monde. » [p. 307]
L'éclatement et le déroulement de la seconde Guerre mondiale
Trotsky insistait sur le fait que seule la lutte révolutionnaire de la
classe ouvrière, menant au renversement du capitalisme, pourrait empêcher
une nouvelle guerre mondiale, laquelle serait encore plus sanglante que la
première. Mais les défaites de la classe ouvrière n Espagne et en France –
produits des trahisons combinées des bureaucraties staliniennes,
socio-démocrates et réformistes – rendait la guerre inévitable. Elle a
finalement commencé le premier septembre 1939.
Comme en 1914, l'impérialisme allemand a été le principal instigateur du
conflit. Mais la seconde Guerre mondiale, comme la première, avait des
causes plus profondes. Trotsky écrit :
« Les gouvernements démocratiques qui en leur temps ont salué Hitler
comme un champion de la croisade contre le bolchevisme, en font maintenant
une sorte de Satan surgi à la surprise générale des profondeurs de l'enfer
et qui viole la sainteté des traités, des frontières, des règles et des
règlements. S'il n'y avait pas Hitler, le monde capitaliste fleurirait comme
un jardin Quel mensonge misérable ! Cet épileptique allemand, avec une
machine à calculer dans le crâne et un pouvoir illimité entre les mains,
n'est pas tombé du ciel ni surgi de l'enfer : il s'est rien d'autre qu'une
personnification de toutes les forces destructives de l'impérialisme. […]
Hitler, ébranlant jusqu'à leurs fondations les puissances coloniales, ne
fait que donner une expression plus achevée à la volonté de pouvoir
impérialiste. Par l'intermédiaire de Hitler, le capitalisme mondial, poussé
au désespoir par sa propre impasse, a commencé à s'enfoncer dans les flancs
une dague aiguisée. » [Écrits de Léon Trotsky (1939-40), p. 233]
Au cas où quelqu'un penserait que Trotsky se montre ici injuste envers
les dirigeants des pays qui se sont opposés à Hitler durant la guerre, il
vaut la peine de citer les mots de Winston Churchill. En janvier 1927,
quelque temps avant de devenir Premier ministre, Churchill a visité Rome,
rencontré le dictateur italien Mussolini, et écrit : « Je ne pouvais
m'empêcher d'être charmé par la stature douce et simple du Signor Mussolini,
et par sa pose calme et détachée malgré tant de fardeaux et de dangers. » Le
fascisme italien fournissait l'« antidote nécessaire contre le virus russe.
» Churchill déclara aux fascistes italiens : « Si j'avais été un Italien, je
suis sûr que j'aurais été entièrement à vos côtés du début à la fin de votre
lutte victorieuse contre les appétits et les passions bestiales du
Léninisme. » [Cité dans Human Smoke: The beginnings of World War II, the
End of Civilization, de Nicholson Baker, p.16]
Un historien de cette période note, « pour beaucoup de conservateurs, et
de groupes d'hommes d'affaires, l'Allemagne de Hitler et l'Italie de
Mussolini, consacrées à empêcher le développement du communisme, faisaient
l'objet d'une certaine admiration. En conséquence, il y avait une forte
opposition – notamment en Grande-Bretagne – à une alliance avec l'Union
soviétique contre les puissances fascistes. » [Frank McDonough, Hitler,
Chamberlain and Appeasement (Cambridge university press, 2002), p. 33]
Hitler a envahi la Pologne le premier septembre 1939, et la
Grande-Bretagne et la France ont déclaré la guerre au troisième Reich deux
jours plus tard. Après qu'Hitler eût conquis la Pologne en quelques
semaines, aucune action militaire n'a été menée par l'Allemagne nazie
jusqu'au printemps 1940 ; la France – dont la classe dirigeante était plus
inquiète des risques de révolution dans sa propre classe ouvrière que du
danger d’une conquête de leur pays par les Nazis – s'est rendue.
Staline avait espéré qu'il pourrait éviter une guerre avec l'Allemagne
grâce à son lâche pacte de non-agression. Mais le régime fasciste avait
toujours considéré la destruction de l'Union soviétique comme une composante
essentielle de son plan pour la domination de l'Europe. En juin 1941,
l'invasion allemande de l'URSS débuta. En dépit des erreurs désastreuses de
Staline et des défaites initiales massives de l'armée rouge, les forces
nazies ont rencontré une ferme résistance.
Le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise contre Pearl Harbor mit les
États-Unis dans la guerre. Quatre jours plus tard, le 11 décembre 1941,
l'Allemagne déclarait la guerre aux États-Unis Pour les trois années et
demie suivantes, la guerre fut menée avec une férocité sans cesse renouvelée
– même s'il faut insister sur le fait que la guerre en Europe occidentale,
au moins jusqu'à l'invasion des alliés en juin 1944, n'était, d'un point de
vue militaire, qu'un théâtre d'opérations mineur comparé à l'horrible
carnage de la lutte entre l'Allemagne nazie et L'Union soviétique. La guerre
en Europe s'est finalement terminée le 8 mai 1945, avec la capitulation sans
conditions de l'Allemagne nazie, une semaine seulement après le suicide de
Hitler.
La guerre en Asie a continué encore trois mois, alors qu'il n'y a jamais
eu de doute sur son issue. Il n'y avait jamais eu la moindre chance que le
Japon – avec sa population nettement plus faible, son infrastructure
industrielle beaucoup moins développée et un accès limité aux matières
premières stratégiques – ne puisse l'emporter contre les États-Unis. Les
Japonais, comme le savait très bien le gouvernement américain, cherchaient à
conclure une paix acceptable dès le printemps 1945. Mais la tragédie devait
être jouée jusqu'à sa fin sanglante. En août 1945, les États-Unis ont lâché
deux engins nucléaires sur les villes sans défense et militairement sans
intérêt d'Hiroshima et Nagasaki. Les deux bombes ont tué environ 150 000
personnes. Comme le fit observer l'historien Gabriel Jackson plus tard :
« Dans les circonstances spécifiques d'août 1945, l'usage de la bombe
atomique a montré qu'un chef de l'exécutif tout à fait normal
psychologiquement et démocratiquement élu pouvait utiliser cette arme de la
même manière que l'aurait fait un dictateur nazi. Dans ce sens, les
États-Unis – aux yeux de tous ceux qui se soucient des distinctions morales
dans le comportement des différents types de gouvernements – ont effacé la
différence entre le fascisme et la démocratie. » [Civilization and
Barbarity in 20th Century Europe, pp. 176-77]
Les conséquences et l'importance de la seconde Guerre mondiale
Maintenant que nous voyons les deux Guerres mondiales comme des étapes
interdépendantes d'un même processus historique, que peut-on conclure sur la
source et l'objet de ce conflit qui coûta la vie à près de 90 millions de
gens ?
Il faut se souvenir que l'éclatement de la première Guerre mondiale a eu
lieu à cause des antagonismes inter-impérialistes créés par l'émergence d'Etats
capitalistes puissants et qui n'étaient pas satisfaits de l'état des
relations géopolitiques. L'Allemagne en particulier était mécontente de sa
position inférieure dans le système colonial mondial dominé par l'Angleterre
et la France, et par les limites imposées à la poursuite de ses intérêts par
ces deux puissances rivales. En même temps, les États-Unis, dont la
puissance économique insurpassée les remplissait de confiance en eux-mêmes
et d'ambitions, refusaient d'accepter des restrictions à la pénétration du
capital américain sur les marchés étrangers, y compris dans ceux qui étaient
gouvernés par les lois protectrices de l'Empire britannique.
La conclusion de la seconde Guerre mondiale a mis fin à une période
définie de conflits globaux ouverte par l'avènement de l'époque impérialiste
à la fin des années 1890. La tentative de l'Allemagne d'obtenir une « place
au soleil » s’était soldée par une défaite décisive. De même, le rêve du
Japon impérial d'établir sa domination sur le Pacifique occidental, la Chine
et l'Asie du Sud-est a été annihilé par sa défaite décisive dans la seconde
Guerre mondiale. Les Britanniques et les Français sortirent de ce carnage
d'un demi-siècle profondément affaiblis et manquant des ressources
financières pour maintenir leurs vieux empires. Quelles que soient les
illusions qu'ils aient pu entretenir sur la préservation de leur statut de
premières puissances impérialistes, celles-ci ont reçu le coup de grâce dans
la décennie qui a suivi la fin de la seconde Guerre mondiale.
En 1954, la France a subi contre les forces de libération vietnamiennes à
Dien Bien Phu une défaite militaire dont elle ne s'est pas relevée et qui a
forcé la France à se retirer d'Indochine. En 1956, le gouvernement
britannique a été forcé par les États-Unis à renoncer à son invasion de
l'Égypte – une humiliation publique qui a confirmé la soumission britannique
à l'impérialisme américain. Comme cela avait été anticipé par Trotsky une
dizaine d'années plus tôt, la lutte entre les principales puissances
impérialistes pour la domination globale, la redivision brutale du monde qui
coûta les vies de dizaines de millions d'êtres humains, s'était terminée par
la victoire de l'impérialisme américain.
L’après-guerre
Le monde sorti en 1945 du carnage de ces deux guerres était très
différent de celui qui existait en 1914. Bien que les États-Unis aient
remplacé la Grande-Bretagne ruinée comme puissance impérialiste dominante,
ils ne purent pas recréer le vieil empire britannique à leur image. L'ère
des empires coloniaux, du moins dans leur forme antérieure, était révolue.
Fait historique lourd d'une profonde ironie, Woodrow Wilson prononça son
discours de guerre au Congrès, en avril 1917, au même moment où Vladimir
Ilych Lénine rentrait en Russie. Deux grandes lignes du développement
historique se sont croisées à ce moment crucial. Le discours de Wilson
marquait l'émergence décisive des États-Unis comme puissance impérialiste
dominante sur la planète. L'arrivée de Lénine marquait le début d'une grande
vague de luttes socialistes et anti-impérialistes de la part des masses qui
allait traverser la planète.
Lorsque les États-Unis ont achevé leur victoire sur l'Allemagne et le
Japon en 1945, des centaines de millions de gens étaient déjà en révolte
contre l'oppression impérialiste. La tâche qui se présentait aux États-Unis
était de dévier la vague des luttes révolutionnaires mondiales. Il n'est pas
possible dans le cadre de cette étude de décrire, même dans les grandes
lignes, les évolutions d'après-guerre. Cela exigerait au moins quelques
explications sur la dynamique politique de la prétendue « Guerre froide »,
qui a défini la politique internationale entre 1945 et 1991.
Cependant, en terminant cette conférence, il est nécessaire d'insister
sur le fait que les États-Unis ont considéré la dissolution de l'Union
soviétique en 1991 comme une opportunité d'établir finalement l'hégémonie
incontestée de l'impérialisme américain.
En 1992, l'armée américaine a adopté une doctrine stratégique qui
déclarait qu'elle ne permettrait à aucun autre pays d'émerger comme un
concurrent sérieux pour la position mondiale dominante des États-Unis. En
2002, cette doctrine militaire d’expansion a été remplacée par la
promulgation de la doctrine de la « guerre préventive », laquelle affirme
que les États-Unis se réservent le droit d'attaquer n'importe quel pays dont
ils croient qu'il représente une menace potentielle contre leur sécurité.
Cette nouvelle doctrine était dirigée spécifiquement contre la Chine,
celle-ci a reçu un avertissement contre toute augmentation de sa force
militaire.
Il faut dire que la nouvelle doctrine américaine est illégale du point de
vue du droit international. Les précédents légaux établis au procès de
Nuremberg partent du principe que la guerre n'est pas un instrument légitime
de la politique étatique, et que la guerre préventive est illégale. Une
attaque militaire d'un Etat contre un autre n'est légale qu'en la présence
d'une menace claire et immédiate. En d'autres termes, l'action militaire
n'est justifiée qu'en cas d'urgence sans autre moyen d'assurer la défense
nationale. L'attaque contre l'Irak, qui suivait de seulement quelques mois
la promulgation de la doctrine de 2002 sur la guerre préventive, était un
crime de guerre. Si les États-Unis avaient été jugés d'après les précédents
établis à Nuremberg en 1946, Bush, Cheney, Rumsfeld, Powell et bien d'autres
seraient passés en jugement.
Les leçons
La question critique qui découle inévitablement de tout examen des deux
guerres mondiales, est de savoir si une telle catastrophe pourrait se
reproduire. Est-ce que les guerres du 20e siècle étaient une
sorte d'aberration hors du cours « normal » de l'évolution historique ?
Est-il possible d'imaginer un retour des désaccords et des antagonismes
internationaux qui rendraient l'éclatement d'une troisième guerre mondiale
possible ?
Il n’est pas besoin de longues spéculations pour répondre à cette
question. La véritable question est moins de savoir s’il est ou non possible
qu’un nouveau conflit global éclate, mais plutôt celle de savoir de combien
de temps nous disposons avant qu'une telle catastrophe ne se produise ; et
découlant de cette seconde question, la suivante et la plus décisive : celle
de savoir si l’on peut faire quelque chose pour l'empêcher de se produire.
En évaluant le risque d'une guerre, gardons en mémoire que les États-Unis
ont été engagés régulièrement dans des conflits majeurs depuis 1990,
lorsqu'ils ont envahi l'Irak pour la première fois. Au cours de la décennie
passée, depuis 1999, ils ont mené des guerres de grande ampleur dans les
Balkans, le Golfe persique et en Asie centrale. D'une manière ou d'une
autre, toutes ces guerres étaient liées aux efforts pour garantir la
position mondiale dominante des États-Unis.
Il est très significatif que l'usage de plus en plus fréquent de la force
militaire par les États-Unis se produise dans le contexte du déclin rapide
de leur position économique mondiale. Plus ils deviennent faibles
économiquement, plus ils sont tentés de compenser cette faiblesse par
l'usage de la force. Il y a, sur ce point spécifique, un parallèle troublant
avec les politiques du régime Nazi à la fin des années 1930.
De plus, gardant à l'esprit la doctrine stratégique de 2002, les
États-Unis sont confrontés à un nombre de plus en plus grand de puissances
dont l'évolution économique et militaire sont considérées par le ministère
des Affaires étrangères et les stratèges du Pentagone comme une menace
sérieuse. La puissance économique passant des États-Unis à divers
concurrents mondiaux – un processus qui s'est accéléré avec la crise
économique ayant éclaté en 2008 et se poursuivant – la tentation d'employer
la force militaire pour inverser les tendances économiques défavorables est
de plus en plus forte.
Finalement, si l'on se rappelle que les deux guerres mondiales sont
issues de la déstabilisation du vieil ordre impérialiste dominé par la
Grande-Bretagne et la France en conséquence de l'émergence de nouveaux
compétiteurs, il n'est pas impossible que le présent ordre international –
dans lequel la puissance dominante, les États-Unis, est déjà en prise à la
crise intérieure et ne maintient que difficilement sa domination mondiale –
se rompra sous la pression exercée par les puissances émergentes (comme la
Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil et l'UE) qui ne sont pas satisfaites des
arrangements existants.
Ajoutons à cela les tensions régionales croissantes qui menacent
d'éclater à tout moment en une confrontation militaire qui risquerait de
déclencher des interventions de puissances plus lointaines et entraîner une
conflagration mondiale. Il suffit de se rappeler la situation tendue qui a
surgi à l'été 2008 suite au conflit entre la Géorgie et la Russie.
Autrement dit, le monde est une poudrière. Il n'est pas certain que les
classes dirigeantes veuillent la guerre. Mais elles ne sont pas forcément en
mesure de l'empêcher. Comme l'écrivait Trotsky à la veille de la deuxième
Guerre mondiale, les puissances capitalistes se laissent glisser vers la
guerre les yeux fermés. La logique folle de l'impérialisme et le système des
Etats nations capitalistes, du besoin de trouver des accès aux marchés, aux
matières premières et à du travail à bas coût, de la recherche insatiable du
profit et de la richesse personnelle, nous entraîne inexorablement vers la
guerre.
Qu'est-ce qui peut alors l'empêcher ? L'histoire nous montre que les
mécanismes effrayants de l'impérialisme ne peuvent être bloqués que par
l'intervention active et consciente des masses populaires du monde entier –
et surtout, de la classe ouvrière – dans le processus historique. Il n'y a
aucun moyen d'arrêter la guerre impérialiste sauf par la révolution
socialiste internationale.
En 1914, Lénine, s'opposant aux trahisons de la Seconde internationale, a
déclaré que l'ère de l'impérialisme était l'époque des guerres et des
révolutions. C'est-à-dire, que l'économie globale, les contradictions
sociales et politiques qui ont donné naissance à la guerre impérialiste
créent également le fondement objectif de la révolution socialiste
internationale. Dans ce sens, la guerre impérialiste et la révolution
socialiste mondiale sont les réponses apportées par deux classes sociales
différentes et opposées au même problème : l'impasse historique du
capitalisme. La justesse des conclusions de Lénine sur la situation mondiale
a été confirmée par l'éclatement de la révolution en Russie en 1917.
Même si beaucoup de choses ont changé depuis le début de la première
Guerre mondiale, il y a 95 ans, et celui de la seconde il y a 70 ans, nous
vivons encore dans l'ère de l'impérialisme. Donc, les grandes questions qui
se posent à l'humanité aujourd'hui sont : est-ce que le développement de la
conscience politique dans la classe ouvrière internationale pourra contrer
l'accumulation des tendances destructives de l'impérialisme ? Est-ce que la
classe ouvrière pourra développer une conscience politique suffisante assez
vite avant que le capitalisme et le système des Etats nations impérialistes
n’entraînent l'humanité dans un abîme ?
Ce ne sont pas là des questions à considérer d’un point de vue purement
académique. Le fait même que ces questions soient posées exige une réponse
active. Les réponses ne seront pas données dans une salle de classe mais
dans le conflit réel des forces sociales. C’est la lutte qui donnera la
réponse. Et l’issue de cette lutte dépendra, d'une manière décisive, du
développement de la conscience révolutionnaire, c'est-à-dire socialiste. La
lutte contre la guerre impérialiste trouve son expression la plus haute dans
le combat pour développer une nouvelle direction politique de la classe
ouvrière.
Tout juste quelques mois après le début de la seconde Guerre mondiale –
une catastrophe rendue possible par les trahisons des bureaucraties
réactionnaires staliniennes, sociales démocrates et réformistes – Trotsky,
le plus réaliste des politiciens, écrivait :
« Le monde capitaliste n'a pas d'issue, à moins de considérer comme telle
une agonie prolongée. Il faut se préparer pour des longues années, sinon des
décennies, de guerres, de soulèvements, de brefs intermèdes de trêve, de
nouvelles guerres et de nouveaux soulèvements. C'est là-dessus que doit se
fonder un jeune parti révolutionnaire. L'histoire lui donnera suffisamment
d'occasions et de possibilités de s'éprouver lui-même, d'accumuler de
l'expérience et de mûrir. Plus vite les rangs de l'avant-garde fusionneront,
plus l'époque des convulsions sanglantes sera raccourcie, moins notre
planète aura à supporter de destructions. Mais le grand problème historique
ne sera en aucun cas résolu jusqu'à ce qu'un parti révolutionnaire prenne la
tête du prolétariat. La question des rythmes et des intervalles est d’une
énorme importance, mais elle n'altère ni la perspective historique générale
ni la direction de notre politique. La conclusion est simple : il faut faire
le travail d'éduquer et d’organiser l'avant-garde prolétarienne avec une
énergie décuplée. C’est précisément en cela que réside la tâche de la IV°
Internationale. » [Écrits 1939-1940, pp. 260-61]
Cette analyse écrite à un stade plus précoce de la crise impérialiste
mondiale résonne dans la situation actuelle. La simple survie de la
civilisation humaine est en jeu. Il est, en premier lieu, de la
responsabilité de la jeunesse d'empêcher cette évolution vers la guerre et
d'assurer le futur de l'humanité. C'est pourquoi je dois conclure cette
conférence en vous demandant de rejoindre le Parti de l'égalité socialiste.
Pour contacter le Parti de l'égalité socialiste, cliquez
ici