Dans le mouvement de protestation pour Gaza, la pseudo-gauche australienne promeut le Parti travailliste pro-génocide

Plus de quatre mois après le début de l’assaut israélien sur Gaza, la question brûlante de savoir comment mettre fin au génocide soulève des questions fondamentales de perspective politique. Malgré le mouvement anti-guerre le plus important et le plus soutenu depuis l’époque de la guerre du Vietnam, le régime sioniste intensifie son opération de nettoyage ethnique et toutes les puissances impérialistes redoublent d’efforts pour soutenir ce crime de guerre historique.

Comme le World Socialist Web Site et le Socialist Equality Party l'ont souligné, cela démontre la faillite de toute perspective d'arrêter le massacre par des appels aux gouvernements ou en faisant pression sur eux. Au cours d'une période qui s'étend maintenant sur un tiers d'année, cette perspective a été tentée et elle a échoué.

Le génocide est un crime de l'impérialisme, inséparable de la crise du capitalisme mondial et d'une éruption plus large de militarisme et de guerre, dont les préparatifs de guerre des États-Unis visant l'Iran, une guerre par procuration avec la Russie en Ukraine et un renforcement militaire dirigé contre la Chine.

Le soutien des grandes puissances à l'anéantissement des habitants de Gaza n'est pas seulement une question relative au Moyen-Orient. Il s'agit d'un avertissement pour les travailleurs du monde entier. Comme dans les années 1930, les gouvernements du monde entier ont déclaré qu'ils étaient prêts à commettre meurtres et crimes de masse si cela sert leurs intérêts.

Cela souligne l'urgence de développer un mouvement socialiste international de la classe ouvrière dirigé contre la guerre impérialiste et le système de profit même.

La politique de protestation étant de plus en plus discréditée, les organisations de la pseudo-gauche font tout ce qu'elles peuvent pour empêcher la discussion sur ces questions plus vastes. Elles cherchent désespérément à s'assurer que les mobilisations contre le génocide restent dans les limites étroites d'une protestation à thème unique, orientée vers l'establishment politique.

Article de Solidarity: «Le mouvement palestinien devrait accueillir les travaillistes dissidents» [Photo: Solidarity]

Fin janvier, Solidarity a publié un article rédigé par l’une de ses membres, Caitlin Doyle, qui exposait cette perspective avec une franchise remarquable. Caitlin Doyle commençait par noter que «les partisans de la Palestine sont à juste titre horrifiés par le soutien [du Premier ministre travailliste australien Anthony] Albanese à Israël, qui continue d’anéantir Gaza». Elle donnait un bref aperçu de l’alignement continu du Parti travailliste sur le sionisme, qui remonte à la création d’Israël en 1948.

Doyle concède que le Parti travailliste a soutenu sans faille Israël en tant que tête de pont impérialiste au Moyen-Orient, son opération de nettoyage ethnique de 75 ans contre les Palestiniens, et qu’il soutient aujourd'hui la tentative de conclure ce projet néocolonial par une version 21e siècle de l'Holocauste.

Le lecteur pourrait s’attendre à ce que l’auteur en déduise que le Parti travailliste est un parti impérialiste pourri, contre lequel les travailleurs et les jeunes doivent mener une lutte implacable.

Mais Doyle tire précisément la conclusion inverse. Non seulement les membres du Parti travailliste devaient être accueillis avec amour aux manifestations, s’il en étaient qui soient enclins à y participer. Il fallait offrir aux députés travaillistes une tribune pour s’exprimer. En d’autres termes, le mouvement contre le génocide devait être mené par ceux qui le soutiennent!

Pour avancer cet argument, Doyle et Solidarity se livrent à des simulacres. Ou, pour être plus précis, ils racontent une série de mensonges démontrables visant à couvrir le Parti travailliste.

Le mensonge central est que les travaillistes sont en pleine effervescence politique à propos du génocide, avec une opposition qui s’étend de la base du parti aux députés dissidents. L’image qui est évoquée est celle d’un débat animé et houleux et de prises de position passionnées sur des principes politiques. De telles choses ont pu se produire sous une forme ou une autre il y a trois quarts de siècle ou plus, mais pour quiconque connaît le Parti travailliste bureaucratisé et ses membres de droite, il s’agit là d’une absurdité totale.

Doyle déclare: «Depuis le début de la guerre contre Gaza, 40 sections du Parti travailliste ont adopté des motions appelant à un cessez-le-feu et quatre députés travaillistes ont participé à des rassemblements pro-palestiniens. La municipalité de Canterbury-Bankstown, contrôlée par les travaillistes, a voté pour faire flotter le drapeau palestinien jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu soit déclaré».

Tout cela ferait indubitablement chaud au cœur des Palestiniens de Gaza au moment où le régime sioniste largue sur leurs têtes des bombes fournies par les Etats-Unis, dont certaines au moins sont guidées par des informations provenant de l’installation de renseignement de Pine Gap, dans le centre de l’Australie, et où Albanese déclare qu’«Israël a le droit de se défendre».

Doyle n’a pas cité une seule des résolutions adoptées par les sections travaillistes, et pour cause. Il s’agit de motions misérables et sans substance, qui toutes comprennent une dénonciation du Hamas et de toute résistance palestinienne. Aucune des résolutions n’a condamné la direction du Parti travailliste et son soutien aux bombardements, ni n’a contraint les votants à faire quoi que ce soit.

Après avoir adopté de telles résolutions, les membres du Parti travailliste, composés de collaborateurs politiques, de carriéristes, jeunes et moins jeunes, et d’une poignée de types qui continuent simplement à faire campagne pour la direction du Parti travailliste, y compris pour le Premier ministre Albanese.

La glorification par Doyle d’un drapeau palestinien flottant sur un bâtiment municipal dans la banlieue de Sydney, au milieu d’un génocide, est presque trop vulgaire pour mériter une réponse. Le conseil municipal travailliste a hissé le drapeau dans une tentative évidente d’apaiser la colère intense suscitée par le génocide chez les travailleurs de Bankstown et de ses environs, qui comptent une importante population islamique et moyen-orientale.

Doyle ne nomme pas non plus les députés travaillistes qui ont assisté aux manifestations pro-palestiniennes, car leur comportement n’a guère étayé ses affirmations qu’ils étaient à la tête d’une rébellion de la base contre le génocide.

Lors d’une veillée dans la ville de Newcastle (Nouvelle-Galles du Sud) en décembre, la députée travailliste peu connue Sharon Claydon a débité platitudes et banalités. L’assaut sioniste était réduit à un «conflit» causé par «une incapacité fondamentale à comprendre ou à agir en fonction de notre interconnexion ou de notre humanité commune».

Tim Crackenthorpe, député travailliste de Nouvelle-Galles du Sud, qui accompagnait Claydon, a été encore plus vague. Il a assuré aux personnes présentes qu’il faisait «tout ce qu’il pouvait dans son électorat pour faire avancer ce dossier».

En décembre également, Tony Burke, chef de file du Parti travailliste à la Chambre des députés, a assisté à une veillée à Bankstown en hommage aux Palestiniens tués à Gaza. Burke ne semble pas avoir pris la parole à ce rassemblement. Après avoir pris un air triste pendant quelques minutes, ce leader travailliste de droite est retourné sans sourciller collaborer avec Albanese, la ministre des Affaires étrangères Penny Wong et d'autres architectes du soutien de l’Australie au génocide.

C’est là le bilan édifiant que Doyle soutient passionnément et qu’elle veut nous voir adopter et étendre. «La participation de députés travaillistes dissidents à des tribunes permettra de renforcer le pouvoir du mouvement en attirant des personnes qui considèrent toujours le Parti travailliste comme une force progressiste et qui sont déçues par sa position sur la Palestine», écrit Doyle.

Le problème, comme indiqué ci-dessus, est qu’il n’y a pas de députés dissidents.

Il est vrai qu’en Nouvelle-Galles du Sud, certains parlementaires travaillistes ont signé une lettre ouverte, il y a plusieurs mois, mettant vaguement en garde contre les bombardements israéliens. Mais Albanese et Wong ont eux aussi versé des larmes de crocodile sur les nombreuses victimes, sans modifier d’un iota leur soutien à Israël.

Si c’est à ces députés de la Nouvelle-Galles du Sud que Doyle pense, il y a un autre problème. Le gouvernement travailliste de la Nouvelle-Galles du Sud, sans aucune dissension interne apparente, a menacé d’interdire toutes les manifestations pro-palestiniennes au début du génocide et a supervisé depuis des mobilisations policières massives et parfois violentes contre elles. Doyle préconise que ceux qui parlent aux rassemblements soient ceux qui ont cherché à les rendre illégaux.

Doyle écrit: «Jusqu’à présent, le Groupe d’action pour la Palestine a voté pour exclure les orateurs travaillistes de la tribune lors de ses rassemblements hebdomadaires à Sydney. Beaucoup de gens de gauche, Verts compris, disent que le Parti travailliste est essentiellement la même chose que le Parti libéral. Mais les députés travaillistes qui s’expriment et rompent avec la position d’Albanese et de la direction du parti augmentent la pression politique sur le gouvernement travailliste à propos de la Palestine. Plus il y a de dissensions internes, plus il est difficile pour le gouvernement de continuer à soutenir Israël».

Les Verts sont un parti pro-capitaliste, attaché à la collaboration avec les travaillistes au parlement et hostile au socialisme. Les différents Groupes d’action pour la Palestine sont des entités amorphes et politiquement diffuses, composées de représentants de la pseudo-gauche, ainsi que d’activistes palestiniens qui, malgré leur sincérité, sont largement attachés à une politique limitée de la protestation.

Mais Solidarity, qui se revendique parfois comme une organisation socialiste, les dépasse toutes par la droite, même les Verts. Les absurdités concernant la «dissidence interne» et la «pression politique» ne peuvent cacher le fait que Solidarity fonctionne comme une agence politique du Parti travailliste, insistant pour que les travailleurs et les jeunes fassent preuve de déférence et collaborent avec ce parti favorable à la guerre et aux trusts alors qu’il donne le feu vert pour un génocide.

Doyle tente de donner un vernis théorique à son argumentation sans fondement, en soulignant le caractère «double» du Parti travailliste.

Il est vrai que le Parti travailliste a été fondé par les syndicats en tant que parti de masse de la classe ouvrière. Mais dès sa fondation dans les années 1890, ce parti a refusé de s’affilier à la Deuxième Internationale socialiste de l’époque. Il a toujours été un parti qui s’oppose au socialisme et défend le capitalisme.

La suggestion de Doyle que le Parti travailliste reste un parti ouvrier n’est qu’un leurre.

Le Parti travailliste n’a pas d’adhérents en masse actifs dans la classe ouvrière, où même son vote s’est effondré à des niveaux historiquement bas. Il s’est débarrassé de tout programme de réformes sociales, même limité, il y a des décennies, car la mondialisation de la production avait rendu obsolète tout programme de régulation économique nationale. C’est le Parti travailliste qui a imposé le programme associé à Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et à Ronald Reagan aux États-Unis : déréglementation économique, privatisation et destruction de centaines de milliers d’emplois. En d’autres termes, le Parti travailliste est le parti du grand patronat.

La même transformation s’est produite dans les syndicats. Leurs bureaucraties sont devenues les principaux exécutants de l’assaut incessant contre l’emploi, les salaires et les conditions de travail. C’est le cas de l’Union maritime d’Australie (MUA), avec laquelle Solidarity entretient des relations étroites et opportunistes. Ce syndicat a présidé à une capitulation après l’autre, réduisant la main-d’œuvre portuaire à une fraction de ce qu’elle était autrefois.

Si les travaillistes ont ouvertement soutenu le génocide, la MUA lui, a contribué à le faciliter, en assurant le chargement et le déchargement ordonnés des marchandises pour la compagnie maritime ZIM qui a consacré l’ensemble de sa flotte à l’effort de guerre israélien ; et en rejetant avec colère la suggestion de grèves.

Doyle salue ainsi l’alliance impie du Parti travailliste pro-génocide et de la bureaucratie syndicale: «Comme de nombreux responsables et militants syndicaux sont membres du Parti travailliste, cela accroît également la pression sur le Parti travailliste de l’intérieur».

Les responsables syndicaux, qui agissent en tant qu’agents du gouvernement travailliste et des trusts, n’ont rien fait pour s’opposer au génocide ou l’ont tacitement soutenu comme dans le cas du MUA, si bien qu’il n’y a pas la moindre «pression». Sur Gaza, comme sur toute autre question fondamentale, les travaillistes et les dirigeants syndicaux corrompus ne font qu’un.

Les positions de droite de Solidarity ne sont pas le fruit du hasard. Solidarity tire ses origines d’une tendance qui a rompu avec le mouvement trotskyste au début de la Seconde Guerre mondiale, s’adaptant à l’impérialisme, rejetant le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière et la lutte pour construire une direction afin de renverser le capitalisme.

Ni eux ni la pseudo-gauche en général n’ont rien à voir avec le socialisme ou la classe ouvrière. Ils sont hostiles à tous deux et représentent une couche de la classe moyenne supérieure, installée dans les universités, les échelons supérieurs du secteur public et la bureaucratie syndicale, et qui cherche à promouvoir ses propres privilèges dans le cadre du système de profit capitaliste.

C’est pourquoi la pseudo-gauche est intensément hostile à toute suggestion de lutte politique contre les travaillistes ou la bureaucratie syndicale. Les groupes tels que Solidarity ne sont pas des défenseurs du peuple palestinien. Ils sont la dernière ligne de défense des forces politiques responsables du génocide.

Les travailleurs et les jeunes qui cherchent à mettre fin au génocide doivent rejeter avec mépris la ligne de la pseudo-gauche, se tourner vers la classe ouvrière et adopter une perspective socialiste qui vise à mettre fin au système capitaliste à l’échelle mondiale.

(Article paru en anglais le 23 février 2024)

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