Le Canada va fournir des armes létales à l’Ukraine dans le cadre de la campagne guerrière menée par les États-Unis contre la Russie

Des soldats ukrainiens utilisent un lanceur de missiles américains Javelin lors d’exercices militaires dans la région de Donetsk, en Ukraine, le 12 janvier 2022. (Service de presse du ministère de la Défense de l’Ukraine via AP)

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la semaine dernière que le Canada allait fournir pour 7,8 millions de dollars d’armes létales et un prêt de 500 millions de dollars au régime ukrainien d’extrême droite, dans le cadre de la campagne guerrière menée par les États-Unis contre la Russie. L’annonce a été faite à la fin d’une conférence de presse au cours de laquelle Trudeau a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin à l’occupation d’Ottawa par le «convoi de la liberté», mené par l’extrême droite.

Un communiqué de presse du ministère de la Défense nationale a indiqué que l’armement, appelé cyniquement «aide létale», comprendrait des mitrailleuses, des pistolets, des carabines, des fusils de précision, 1,5 million de munitions et d’autres armes légères. Le Canada a déjà donné à l’Ukraine plus de 23 millions de dollars en aide militaire «non létale», notamment du matériel de communication, des gilets pare-balles et un hôpital de campagne mobile.

Le Congrès ukrainien canadien (CUC), un groupe de pression anti-russe et pro-Kiev, a accueilli avec enthousiasme l’annonce de la livraison d’une «aide létale» canadienne. Alexandra Chyczij, présidente du CUC, a déclaré: «Le Canada a montré une fois de plus qu’il est un véritable ami de l’Ukraine et du peuple ukrainien.»

Le prêt de 500 millions de dollars s’ajoute à un prêt de 120 millions de dollars annoncé le 21 janvier. Ces deux prêts sont accordés en vertu de la Loi sur les accords de Bretton Woods et des accords connexes (L.R.C. 1985), qui régit également la collaboration du Canada avec le FMI. Ils portent à 1,02 milliard de dollars le total des prêts accordés par le Canada à l’Ukraine depuis 2014. En février 2014, un putsch orchestré par les États-Unis et dirigé par des fascistes a renversé le président ukrainien pro-russe démocratiquement élu, Victor Ianoukovitch, ouvrant la voie à la crise actuelle.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, réitérant la ligne commune de tous les gouvernements de l’OTAN, a déclaré que le «Canada ne restera pas les bras croisés alors que l’ordre international fondé sur des règles est remis en question [...]. Toute nouvelle invasion de l’Ukraine par l’armée russe aura de graves conséquences.»

Le ministère canadien des Affaires étrangères a intensifié la propagande anti-russe jeudi après l’annonce d’un échange de tirs d’obus entre les forces gouvernementales ukrainiennes et les séparatistes pro-russes dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Dans une déformation grotesque de la réalité sur le terrain, où les premiers obus ont été tirés par les forces gouvernementales ukrainiennes, Joly a déclaré dans un communiqué: «Le Canada condamne fermement l’activité militaire russe non provoquée dans la région du Donbass en Ukraine. Des civils innocents ont été mis en danger par cette tentative manifeste de la Russie d’aggraver la crise. Nous saluons la retenue dont a fait preuve l’Ukraine.»

Le flot sans fin de mensonges sur la recherche d’une «solution diplomatique» à l’«agression russe» vise à tromper le public sur l’identité de l’agresseur réel. Chaque jour qui passe montre de plus en plus clairement que le Canada, comme ses alliés de l’OTAN, enflamme dangereusement le conflit avec la Russie afin de provoquer une guerre totale.

La crise actuelle est le produit de la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne il y a trois décennies, qui a déclenché une période d’expansion agressive de l’OTAN en Europe de l’Est. En 1990, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont donné à Gorbatchev l’assurance qu’ils n’étendraient pas l’OTAN aux anciens pays du Pacte de Varsovie en échange de la renonciation par l’Union soviétique à exercer son droit de veto légal contre l’unification de l’Allemagne. Désireux de compenser son déclin économique par sa puissance militaire considérable, l’impérialisme américain a supervisé l’intégration dans l’OTAN de nombreux États d’Europe de l’Est, où sévissent de virulents mouvements nationalistes, fascistes et carrément néo-nazis. En fin de compte, la campagne de guerre de l’OTAN fait partie de la stratégie de l’impérialisme visant à démanteler la Russie, à la réduire à un statut semi-colonial, à exploiter ses ressources et à consolider une position géopolitique hégémonique sur le continent eurasien en vue d’une guerre avec la Chine.

Le Canada, partenaire junior de l’impérialisme américain avec des chaînes d’approvisionnement économiques et militaires transfrontalières étendues et lucratives et sa propre rivalité stratégique avec Moscou dans l’Arctique, a joué un rôle majeur dans le renforcement militaire de l’OTAN et l’encerclement de la Russie. Deux mois à peine après le coup d’État d’extrême droite à Kiev, le Canada a offert une assistance militaire à l’opération REASSURANCE, le déploiement en cours de l’OTAN en Europe de l’Est. Les déploiements militaires entrepris depuis 2014 comprennent: une force opérationnelle tournante de six CF-18 Hornet pour ce qu’on appelle par euphémisme la «police du ciel»; 540 soldats du groupement tactique de présence avancée renforcée en Lettonie, qui y seront déployés au moins jusqu’en 2023; et l’envoi de frégates de classe Halifax au 2e Groupe maritime permanent de l’OTAN en mer Baltique.

Le Canada joue un rôle important dans la vie politique ukrainienne. Il y a deux semaines, un rapport du Globe and Mailindiquait que la pression exercée par Ottawa avait joué un rôle décisif pour persuader le président Volodymyr Zelensky de ne pas détenir l’ancien président Petro Porochenko pour des accusations de corruption après son retour au pays. Porochenko, le premier président ukrainien après le coup d’État de 2014, est considéré comme encore plus loyal envers l’impérialisme américain et ses alliés que Zelensky et est tenu en réserve en tant que remplaçant éventuel de ce dernier.

Par le biais de l’opération Unifier, les forces armées canadiennes fournissent une formation à l’armée ukrainienne, qui est infestée de forces d’extrême droite et carrément fascistes. Trudeau a récemment annoncé l’expansion de l’opération Unifier, qui passera de 200 à 400 soldats.

L’opération Unifier jette un peu de lumière sur le type de forces «démocratiques» que le Canada cultive en Ukraine. En novembre, il a été révélé que des soldats canadiens ont octroyé une formation sur l’utilisation des armes à feu et les tactiques d’infanterie au bataillon néo-nazi Azov. Les officiers et diplomates canadiens ont activement tenté de dissimuler ce fait.

L’entretien de relations avec des forces franchement fascistes à l’étranger est complété par un processus similaire au niveau national. Des sections de l’establishment politique – y compris des conservateurs de premier plan, comme Pierre Poilievre et Candice Bergen, et Maxime Bernier, l’ancien ministre conservateur de Harper qui dirige maintenant le Parti populaire du Canada, un parti d’extrême droite – ont promu avec enthousiasme le «convoi de la liberté». Ils l’ont utilisé pour faire pression en faveur de l’élimination de toutes les mesures de santé publique anti-COVID restantes, afin d’éliminer tout obstacle à la maximisation des profits des grandes entreprises, et pour pousser la politique très à droite.

Le gouvernement libéral est continuellement critiqué par les conservateurs et les grands médias pour son manque d’agressivité face à la Russie. Dans une déclaration écrite en réponse à l’annonce par le gouvernement Trudeau de la prolongation de la mission d’entraînement militaire en Ukraine en janvier, le ministre du cabinet fantôme pour les affaires étrangères Michael Chong – largement considéré comme un «modéré» dans un parti qui suit de plus en plus les traces du Parti républicain américain vers l’extrême droite – et deux autres députés conservateurs de premier rang ont attaqué Trudeau. Ils ont affirmé que le fait qu’il n’ait pas fourni d’armes létales à Kiev «remet en question le soutien du gouvernement libéral à l’Ukraine dans sa lutte contre l’agression de la Russie». «Le temps des demi-mesures est révolu depuis longtemps», poursuivait la déclaration. «L’Ukraine a besoin du soutien du Canada et aujourd’hui, Trudeau les a laissés tomber.»

Le Nouveau Parti démocratique – qui soutient le gouvernement libéral minoritaire depuis deux ans et demi – n’est pas moins véhément dans sa rhétorique anti-russe et pro-guerre. La porte-parole du NPD en matière d’affaires étrangères, Heather McPherson, a déclaré le 31 janvier que le parti était «alarmé par les menaces croissantes d’une nouvelle invasion russe en Ukraine» et a affirmé soutenir une «Ukraine indépendante et démocratique.»

En réalité, le NPD, comme l’ensemble de l’establishment politique canadien, souhaite que l’Ukraine, un pays situé aux portes de la Russie, serve d’État client loyal aux puissances impérialistes occidentales.

(Article publié en anglais le 18 février 2022)

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