Des centaines de manifestants contre l’obligation vaccinale se rassemblent devant le parlement néo-zélandais

Pendant près d’une semaine, les médias néo-zélandais ont couvert d’un bout à l’autre le mouvement de protestation contre l’obligation vaccinale et d’autres mesures de santé publique du gouvernement dirigé par le Parti travailliste.

Un « Convoi de la liberté » composé de centaines de véhicules est venu de tout le pays et est arrivé dans la capitale, Wellington, le 8 février. Environ 300 manifestants ont campé sur la pelouse devant le Parlement, et environ 250 personnes étaient présentes ce matin.

Des manifestants devant le parlement le 11 février 2022. (Crédit photo : Twitter @NzFubar)

L’événement a été nommé d’après un convoi au Canada, lié aux forces d’extrême-droite impliquées dans la tentative de coup d’État de l’ancien président américain Donald Trump le 6 janvier 2021. Des manifestations similaires ont eu lieu en Australie la semaine dernière et d’autres sont prévues par des groupes d’extrême-droite en Europe.

Hier, le président du parlement néo-zélandais, Trevor Mallard, a demandé à des centaines de policiers de faire sortir les manifestants. On a filmé des agents en train d’arrêter de nombreuses personnes dans la foule, dont une femme qui s’est fait traîner par les cheveux. Ils ont arrêté 122 personnes pour intrusion.

L’intervention de la police était sans aucun doute un essai pour les tactiques agressives qui seront déployées, beaucoup plus rapidement, contre les véritables manifestations d’opposition à l’avenir, y y compris par les groupes de gauche, les étudiants et les travailleurs opposés aux politiques pro-patronales en matière de COVID qui sont soutenues à la fois par la populace de droite et les partis officiels.

La manifestation est un événement profondément réactionnaire. Tout en prétendant défendre la « liberté », elle exige la suppression de toutes les protections contre la propagation du COVID-19, qui, selon l’Economist, a tué plus de 14 millions de personnes dans le monde.

 À l’échelon international, l’élite dirigeante se sert de ces manifestations pour créer une atmosphère idéologique toxique qui justifie les politiques criminelles du laisser-aller sur la COVID-19, et pour orienter la politique officielle encore plus à droite. Les représentants du grand capital veulent normaliser les infections de masse et les décès incessants dus au virus. De la même manière, ils veulent abolir les confinements et toutes les autres mesures de santé publique qui empiètent sur leur « liberté » d’extraire des profits de la classe ouvrière.

Le convoi se trouve soutenu par diverses organisations, dont « Des voix pour la liberté » (Voices for Freedom – VOF), un groupe antivax cofondé par un ancien membre de l’éphémère parti Advance NZ. VOF a publié des documents qui s’opposent aux rappels de vaccins, à l’inoculation des enfants et aux masques.

Parmi les participants au rassemblement de Wellington figuraient Sue Grey, leader du parti Outdoors, la « Coalition pour la liberté et les droits » (Freedom and Rights Coalition), une façade de l’église fondamentaliste Destiny, et le New Conservative Party. Ces deux derniers sont bien connus pour leur démagogie anti-immigrés, anti-musulmans et anti-LGBT.

Parmi les autres promoteurs du « Convoi de la liberté », on trouve le blogueur d’extrême-droite, Cameron Slater, le groupe fasciste Action Zealandia et Counterspin Media. Ce dernier est diffusé sur GTV, le réseau médiatique du fasciste américain Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump.

Kelvyn Alp, de Counterspin, a partagé une vidéo depuis l’extérieur du parlement mercredi, déclarant que les manifestants prévoyaient d’entrer dans le parlement et de procéder à une « arrestation citoyenne » des politiciens.

Les participants au rassemblement brandissaient des drapeaux nationalistes néo-zélandais et maoris, et tenaient des pancartes dénonçant le gouvernement comme « communiste » et tyrannique, et glorifiant l’histoire militaire du pays. Une bannière bien en vue portait un message anti-scientifique : « L’immunité naturelle est efficace à 99,6 pour cent ».

On y a également proféré des menaces violentes. Quelqu’un a peint à la bombe une croix gammée sur une statue. Des manifestants ont également écrit les mots « Pendez-les haut et court » à la craie sur le parvis du Parlement. Une jeune fille de 17 ans qui passait à côté d’un groupe de manifestants s’est trouvée bombardée d’œufs parce qu’elle portait un masque.

La couverture médiatique internationale a faussement présenté le convoi néo-zélandais comme la preuve d’une opposition croissante aux mesures de santé publique. Un Reportage de l’Associated Press, publié dans le Washington Postet NPR, déclarait que « certains se sont lassés des restrictions ». L’article ne mentionnait pas les organisateurs d’extrême-droite du convoi.

De même, Matthew Hooton, une figure de droite du New Zealand Herald, tout en applaudissant l’intervention de la police et les arrestations de manifestants, a déclaré que les confinements avaient créé « une colère bouillonnante envers le gouvernement de la part d’un segment beaucoup plus large et plus raisonnable de la population. »

En fait, plus de 95 pour cent de la population éligible de Nouvelle-Zélande a été doublement vaccinée. Les mesures de confinement prises au cours des deux dernières années ont été fortement soutenues et ont permis de maintenir à 53 le nombre de décès dus au COVID en Nouvelle-Zélande. L’abandon par le gouvernement travailliste de sa précédente politique d’élimination et sa décision de laisser se propager le variant Omicron, hautement infectieux, suscitent une inquiétude croissante, notamment chez les parents, les enseignants et le personnel de santé.

Le gouvernement Ardern a déjà abandonné le recours aux mesures de confinement pour réduire à zéro le nombre de cas de COVID, ce qui était la principale revendication des manifestations organisées l’année dernière par Destiny Church. Ardern a déclaré que les écoles et les entreprises devaient rester ouvertes, malgré la propagation croissante d’Omicron dans le pays.

Le gouvernement travailliste s’apprête également à démanteler le système de quarantaine aux frontières de la Nouvelle-Zélande, qui a empêché des milliers de cas de COVID d’entrer dans le pays.

En réaction au « Convoi de la liberté », Ardern a déclaré aux médias que les obligations vaccinales seraient levés « lorsqu’ils ne sont plus nécessaires ». Le chef du Parti national de l’opposition, Christopher Luxon, a demandé un calendrier pour la levée des mandats.

Alors que Ardern et Luxon ont tous deux fait des déclarations critiquant le « Convoi de la liberté », celui-ci a reçu le soutien du leader du parti nationaliste de droite NZ First, Winston Peters, qui a déclaré qu’il représentait « des kiwis [surnom traditionnel des néo-zéalandais] légitimement frustrés. »

NZ First, un parti anti-immigré, notamment anti-chinois, faisait partie du gouvernement de coalition de 2017 à 2020 avec les travaillistes. La Première ministre Jacinda Ardern a donné à NZ First un rôle majeur, faisant de Peters le ministre des affaires étrangères et le vice-Premier ministre, tandis que le leader adjoint de NZ First, Ron Mark, a été nommé ministre de la défense. NZ First n’a obtenu que 2,6 pour cent des voix en 2020, ce qui n’est pas suffisant pour réintégrer le parlement.

L’événement de droite a également trouvé le soutien de Redline, un blog de pseudogauche fondé par d’anciens maoïstes et d’anciens pablistes. Don Franks, de ce blog, a décrit les manifestants comme «des travailleurs  […] sortant de leur vie quotidienne normale pour faire un point sur quelque chose qui les concerne profondément. » Il n’a rien dit de la politique de droite flagrante de l’événement.

Redline promeut la politique suédoise d’infection massive et d’« immunité collective » et a également publié des articles défendant le « convoi de la liberté » canadien, dont les organisateurs préparent ouvertement un coup d’État. Ce blog représente les ex-radicaux de la classe moyenne qui réagissent à la pandémie et à la crise du capitalisme en galopant vers la droite.

Alors que pratiquement tous les commentateurs des médias d’entreprise ont critiqué le « convoi », l’ensemble de l’establishment politique est uni derrière la politique consistant à laisser Omicron se répandre et infecter des masses de personnes.

Ce petit Convoi de la liberté, à l’instar de manifestations d’extrême-droite similaires à l’échelle internationale, est capable d’exercer une influence démesurée sur la vie politique en raison de l’absence d’un mouvement de la classe ouvrière s’opposant au gouvernement depuis des positions de gauche. La responsabilité de cette situation incombe aux syndicats, soutenus par les groupes de la pseudo-gauche, qui appliquent la dangereuse réouverture des écoles et des entreprises par le gouvernement Ardern.

Les travailleurs, ainsi que les étudiants et les jeunes, doivent prendre les choses en main et organiser de toute urgence leur propre opposition indépendante à l’ordre du jour du gouvernement, qui consiste à « laisser faire ». Dans une lettre ouverte aux travailleurs néo-zélandais, le Socialist Equality Group a appelé à la formation de comités de sécurité de la base dans les écoles et sur les lieux de travail. Le but de cette initiative est d’organiser des grèves et des manifestations en faveur d’une stratégie d’élimination scientifique et entièrement financée, tant en Nouvelle-Zélande qu’au niveau international.

(Article paru d’abord en anglais le 11 février 2022)

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