Perspective

Une évolution dangereuse en Allemagne

Les développements politiques en Allemagne sont en train d’emprunter une voie de plus en plus dangereuse. Malgré une sympathie largement répandue pour le sort des réfugiés qui, pour sauver leur vie, fuient des pays ravagés par la guerre, une sinistre campagne menée par une cabale d’agences de l’appareil militaro-secret, de forces médiatiques droitières et d’organisations politiques chauvines et néo-fascistes est entretenue pour attiser une atmosphère politique de panique chargée de racisme et qui permet de justifier un régime autoritaire comme étant à la fois nécessaire et légitime. 

Pour la première fois depuis la chute en 1945 du Troisième Reich, le recours à un discours raciste et fascisant est devenu partie intégrante de la rhétorique politique quotidienne. Pas un jour ne se passe sans que les médias invitent des représentants des partis d’extrême droite comme l’Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD) et le mouvement férocement anti-immigrés Pegida pour qu’ils déversent leur démagogie fascisante devant tout le pays. 

La semaine dernière, le dirigeant de l’AfD, Björn Höcke, était apparu à la télévision avec un drapeau allemand pour raviver le mythe national-chauvin d’une Allemagne de mille ans. Les sous-entendus de ses vitupérations – à savoir que l’Allemagne devrait préserver sa pureté raciale par rapport aux influences étrangères – ne pouvaient passer inaperçus. 

Les médias ont aussi décidé d’accorder une large place au rassemblement organisé par Höcke dans le centre de la ville d’Erfurt dans laquelle le führer en herbe a déclaré : « Erfurt est une belle ville allemande, elle doit rester allemande. » Un autre intervenant à c rassemblement, Alexander Gauland de l’AfD, a accusé le gouvernement conservateur de coalition entre l’Union chrétienne-démocrate et l’Union chrétienne sociale mené par la chancelière Angela Merkel de ne pas protéger l’Allemagne. « Il est grand temps que nous arrachions le sort du peuple allemand des mains de Merkel », a-t-il déclaré, « pour qu’il puisse rester un peuple allemand. » 

Les origines et la signification de telles déclarations sont parfaitement bien comprises en Allemagne. Un article récemment paru dans le magazine Stern a accusé l’AfD de « recourir au jargon nazi » et de raviver les « théories racistes » des nazis. 

Le recours à la rhétorique menaçante d’apparence nazie fait partie d’un nouveau climat politique dans lequel Merkel est critiquée ouvertement par des éléments au sein de l’appareil de sécurité et de l’armée de l’état qui travaillent étroitement avec les éléments les plus à droite de la coalition dirigeante. Pas plus tard qu’hier, le président de l’Union chrétienne sociale (CSU), Horst Seehofer, a menacé de prendre des « mesures d’urgence » extralégales si Merkel n’adoptait pas une politique anti-réfugiés plus radicale. 

Seehofer exige l’introduction de contrôles frontaliers bien plus stricts, l’érection de clôtures aux frontières et de vastes déploiements de forces de police et de l’armée pour tenir les réfugiés à l’extérieur du pays.

Le magazine Spiegel a qualifié le langage utilisé par Seehofer de « digne des nazis », l’accusant de « promouvoir la pensée totalitaire. » 

Des sections de l’appareil sécuritaire sont en train de pousser dans cette direction. Le journal Welt am Sonntag a rapporté que les forces de sécurité de l’état attendaient impatiemment que Merkel soit prenne des mesures à l’encontre des réfugiés soit démissionne de ses fonctions. Un haut responsable de la sécurité qui n’a pas voulu divulguer son nom « par peur de représailles » a été cité pour avoir dit : « L’afflux massif de gens venant d’autres parties du monde provoquera une instabilité dans notre pays. » 

Il y a un gouffre béant entre l’extrême virement à droite opéré par l’élite dirigeante allemande et le sentiment de gauche généralement ressenti au sein de la population et des jeunes. Alors que les médias s’étalent sur les ordures que crachent des gens comme Höcke et Gauland, et sur des articles décrivant les manifestations de droite comme d’importants événements politiques, ils minimisent les manifestations de masse en faveur des réfugiés que des centaines de milliers de gens soutiennent. 

Même si la rhétorique d’extrême droite n’a pas réussi à attirer un soutien réellement massif, ces développements en Allemagne ne doivent pas être pris à la légère. Le degré de légitimité acquis par la politique de l’extrême droite est une conséquence de la politique de plus en plus militariste et antidémocratique poursuivie par le gouvernement.

La classe dirigeante allemande, malgré tous les crimes horribles commis entre 1933 et 1945, est engagée dans un nouvel effort pour transformer l’Allemagne en une puissance militaire mondiale. Cette nouvelle orientation requiert la mobilisation d’un mouvement de droite tout comme la création d’un régime autoritaire.

Des dizaines de millions d’Allemands – avant tout la classe ouvrière – sont profondément hostiles au pouvoir et à l’influence grandissants de l’extrême droite. Ils sont contre la guerre et le racisme. Mais leur opposition ne débouche sur rien tant qu’elle reste encadrée par le parti Die Linke, le Parti social-démocrate (qui est au pouvoir aux côtés des chrétiens-démocrates) et les syndicats. 

La seule force politique à avoir mis en garde contre le risque croissant venant de la droite est le Partei für Soziale Gleichheit (PSG) et l’organisation Étudiants et jeunes internationalistes pour l’Égalité sociale (EJIES). La construction de ce parti ainsi que de nouvelles sections du Comité International partout en Europe représente la tâche stratégique clé à laquelle la classe ouvrière est confrontée. 

(Article original paru le 29 octobre 2015)

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