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WSWS : Nouvelles et analyses : Europe

Papandreou à Paris

Sarkozy se fait l'écho de la ligne dure de l'Allemagne sur la crise de l'endettement de la Grèce

Par Antoine Lerougetel
10 mars 2010

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Le président français Nicolas Sarkozy a rencontré le premier ministre grec Georges Papandreou à l'Elysée dimanche et s'est fait l'écho de la chancelière allemande Angela Merkel en insistant pour que la Grèce résolve sa crise d'endettement en imposant à la classe ouvrière un programme d'austérité brutal.

Sarkozy a rencontré Papandreou pendant une heure, après un entretien téléphonique quasiment aussi long avec Merkel. Vendredi dernier, Papandreou a rencontré Merkel à Berlin lors de sa tournée des principales capitales visant à solliciter le soutien politique pour son gouvernement confronté à la résistance grandissante des travailleurs et des jeunes Grecs. Mardi il rencontrera le président Obama à Washington.

Suivant la ligne de conduite de Merkel, Sarkozy n'a proposé aucune aide financière à la Grèce.

La semaine dernière Papandreou qui dirige le Parti social-démocrate PASOK a annoncé un programme de réduction des salaires et des allocations pour les fonctionnaires, l'allongement de l'âge de départ à la retraite et de nouvelles taxes à la consommation qui devraient économiser quelque 4,8 milliards d'euros. Cette série de mesures est encore plus draconienne que celle annoncée plus tôt.

Sous la pression des banques internationales et des gouvernements européens, Papandreou a promis de réduire de 4 pour cent du produit intérieur brut le déficit budgétaire de la Grèce qui s'élève actuellement à 12,3 pour cent du PIB.

Le gouvernement social-démocrate est confronté à une vague montante de colère populaire et de protestations de la classe ouvrière. Les principales fédérations syndicales ont appelé à des journées de grève le 11 mars et le 16 mars.

Les dirigeants syndicaux ont signalé leur volonté de négocier selon les termes du programme d'austérité et de continuer à accorder leur soutien politique au gouvernement du PASOK mais ils subissent une pression très forte de la base pour qu'ils s'opposent à ces mesures. Ils cherchent à utiliser des actions limitées dont des grèves de 24 heures pour faire retomber la pression et empêcher que l'opposition de la classe ouvrière ne s'étende au point d'entrer en conflit direct avec le régime.

Le but du gouvernement grec est de satisfaire les exigences de l'Union européenne (UE) d'ici 2012 stipulant que les Etats membres ne laissent pas leur déficit budgétaire dépasser 3 pour cent de leur PIB. Parmi les coupes budgétaires proposées, il y a un allongement de deux ans de l'âge de départ à la retraite qui passe à 63 ans, un gel des salaires de la fonction publique, une augmentation de la TVA (taxe à la valeur ajoutée) et des taxes sur les carburants ainsi que des licenciements de masse des sous-traitants du secteur privé travaillant pour le gouvernement.

Sarkozy, aux côtés de Papandreou a déclaré, « La Grèce a agi avec courage et détermination en conséquence de quoi elle peut compter sur le plein soutien de la France. »

Le président français travaille main dans la main avec les syndicats en France pour imposer des mesures d'austérité similaires. Le gouvernement a soumis à la Commission européenne son programme de stabilité pour 2010-2013 début février. Il prévoit une réduction du déficit public français de 8,2 pour cent actuels à 3 pour cent du PIB d'ici 2013, ce qui entraînera des coupes de 100 milliards d'euros dans les dépenses du gouvernement.

Papandreou a fait remarquer qu'il avait pris des mesures dépassant les exigences des banquiers et de l'Union européenne. « Notre pays a pris des mesures plus importantes et supplémentaires par rapport à ce que les spécialistes avaient préconisé », a-t-il dit. Puis il a appelé à une aide pour réduire le taux d'intérêt punitif de 6,34 pour cent que la Grèce est obligée de payer lorsqu'elle emprunte de l'argent, un taux deux fois plus élevé que celui de l'Allemagne. « Nous voulons donc pouvoir emprunter comme tout autre pays de la zone euro avec un taux qui est similaire ; peut-être pas identique, mais comparable », a-t-il dit.

La semaine dernière, sur la base de son programme d'austérité, la Grèce a été en mesure d'emprunter 5 milliards d'euros sur les marchés financiers. Mais comme l'a fait remarquer le quotidien économique Les Echos, « Athènes doit cependant encore emprunter autour de 20 milliards d'euros d'ici à la fin mai et rien ne dit qu'elle pourra le faire aux conditions souhaitées. »

De nombreux commentateurs ont fait remarquer que des sacrifices plus importants encore devront être faits par les travailleurs grecs.

Tout en se montrant intraitable sur son refus de dépenser de l'argent pour alléger les difficultés sociales en Grèce, Sarkozy s'est senti obligé de montrer que la France et l'Allemagne agiraient pour contrer une vague de spéculation massive de la part de banques américaines et européennes et de hedge funds contre la dette souveraine de la Grèce et qui représente une menace pesant sur la survie même de la monnaie unique européenne. Il a déclaré que ce n'était pas uniquement l'avenir de la Grèce qui était en jeu, mais l'avenir de l'Europe. « L'euro est notre monnaie, elle est notre responsabilité. »

Dans ses remarques s'attaquant aux banques américaines, il a dit s'être entretenu par téléphone avec Merkel et Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe, et a ajouté, « Nous sommes prêts et très déterminés. La spéculation qui joue contre la Grèce peut arriver dans beaucoup de pays si on n'a pas les moyens de lutter. Nous ne devons pas rajouter une crise financière à une crise économique elle-même créée par des dérives financières de l'autre côté de l'Atlantique. »

Sarkozy a insisté pour dire que le Fonds monétaire international (FMI) dominé par les Etats-Unis ne devrait pas intervenir dans la crise européenne de l'endettement, déclarant, « C'est la zone euro qui doit se porter au côté d'un de ses membres attaqués... ce n'est pas du tout une défiance vis-à-vis de qui que ce soit (...), c'est une question de logique, de cohérence. »

Il s'est aligné sur le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble, qui a dit au journal allemand Welt am Sonntag que l'eurozone devrait envisager de créer une organisation ayant des pouvoirs similaires au FMI. Le FMI est bien connu pour les programmes d'austérité et de privatisations impitoyables qu'il impose aux pays contraints d'avoir recours à ses prêts.

Tout en refusant une aide financière spécifique pour alléger la crise de l'endettement de la Grèce, Merkel et Sarkozy ont promis leur soutien politique au gouvernement grec, ce qui implique que toute répression par l'Etat grec visant à réprimer l'opposition de la classe ouvrière au programme d'austérité, jouira du soutien de l'Allemagne et de la France.

« Si la Grèce a besoin de nous, nous serons là, » a dit Sarkozy. De telles promesses doivent être comprises à la lumière de la surveillance étroite des mesures fiscales du gouvernement grec par des commissaires de l'UE spécialement nommés, et apparentés à des surveillants coloniaux. Ces mesures sont en conformité avec des appels à la création d'un organisme « fédéral » permanent dans l'eurozone, ayant le pouvoir de discipliner les pays membres. Un tel organisme serait dominé par l'Allemagne et la France, les deux plus importantes économies de l'Eurozone.

Un article affiché sur le site Terra Nova, groupe de réflexion du Parti socialiste français et qui compte parmi ses membres dirigeants le président du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, a dit du programme d'austérité grec, « Ces mesures d'urgence, toutefois, ne suffiront pas » et a appelé à des « réformes structurelles indispensables au retour de la Grèce sur une trajectoire plus soutenable des comptes publics, » et à ce que l'UE « instaure un gouvernement économique qui coordonnerait l'action européenne. »

Entre 1967 et 1974, la Grèce était sous un régime militaire. Il se peut que les bourgeoisies grecque et européenne aient le sentiment que si PASOK, aidé par les syndicats et les soi-disant partis de gauche groupés au sein de l'alliance SYRIZA ne parviennent pas à contenir la classe ouvrière, il faille revenir à des formes de gouvernance aussi répressives.

Il s'agit là d'une stratégie à haut risque. La presse française et certains ministres du gouvernement ont exprimé leur inquiétude devant le refus catégorique de Merkel de renflouer le gouvernement grec, craignant que la révolte grecque ne se propage à la France et ailleurs encore.

Le quotidien économique conservateur Les Echos rapportait le 5 mars, « Christine Lagarde, ministre française des Finances, aimerait toutefois que l'Union européenne propose à la Grèce un soutien plus « explicite » que celui qui a été exprimé le 11 février, à l'occasion du sommet européen. » L'éditorial ajoute qu'un plan d'austérité en France similaire à celui de la Grèce « jetterait instantanément 1 million de manifestants dans les rues de Paris.... Angela Merkel devra apprendre à dire non plus « nein » mais « nai » - « oui » en grec ».

L'éditorial du 4 mars du quotidien économique La Tribune, tout en approuvant les mesures d'austérité déclarait, « Maintenant, essayons d'imaginer ce que cela signifierait à l'échelle française....On a envie de chasser bien vite ce cauchemar. »

L'éditorial du 5 mars de Libération mettait également en garde contre « l'indignation des peuples ».

Sarkozy et Merkel ont clairement fait comprendre que, passant outre de telles inquiétudes, ils sont déterminés à aller de l'avant.

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