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Après onze jours de heurts entre les jeunes et la police

Le gouvernement et l'opposition sont pour renforcer la répression

Par Stephane Hugues
(Article original paru le 7 Novembre 2005)

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L'éruption de colère et de frustration de la part des couches les plus opprimées de la jeunesse et qui ont pris la semaine dernière dans la région parisienne la forme de heurts violents avec la police s'est maintenant étendue à toute la France. Les émeutes ont éclaté il y a une semaine après la mort par électrocution dans un transformateur de deux jeunes poursuivis par la police, un troisième ayant été gravement blessé.

Cet incident fut l'étincelle qui mit le feu au véritable tonneau de poudre constitué par des tensions sociales s'étant accumulées sur de nombreuses années du fait de la politique néo-libérale de gouvernements successifs, de gauche comme de droite. Les jeunes de Clichy-sous-Bois eurent une réaction immédiate contre la police et mirent le feu à des bâtiments et à des voitures dans leur quartier. Les jours suivants les jeunes des cités environnantes les imitèrent. En l'espace de quatre ou cinq jours les protestations s'étaient étendues à l'ensemble de la région parisienne et à un nombre de banlieues opprimées dans d'autres régions du pays.

Une des manifestations les plus répandues de ces confrontations avec la police ont été les incendies de voitures. La semaine dernière on a vu des voitures brûler chaque nuit: 150 mercredi, 500 jeudi et 80 arrestations, 900 vendredi et plus de deux cents arrestations.

Dans la nuit de samedi dernier ce furent toutefois près de 1300 voitures qui furent incendiées, sans compter un nombre important de bâtiments publics et de centres commerciaux, tandis que la police arrêtait 260 jeunes.

La presse française fait à présent état d'incidents dans pratiquement toutes les parties du pays. Des 1300 voitures brûlées dans la nuit de samedi à dimanche, plus de 540 le furent en province. Parmi les régions touchées il y eut la Haute-Normandie (6 voitures), le Nord­Pas de Calais (80), le Centre (33), le Pays de la Loire (38), la Lorraine (25 voitures et cinq bus), la Franche-Comté (20), Rhône-Alpes (10), Midi-Pyrénées (50), Provence-Alpes-Côte d'Azur (24).

Comme dans les récentes émeutes de Birmingham en Angleterre et d'Århus au Danemark et celles d'il y a un an à Amsterdam, en Hollande, il y eut une campagne systématique de la presse française et étangère afin de présenter l'éruption spontanée de ces couches opprimées de la jeunesse comme le fait exclusif d'immigrés. On a beaucoup parlé de jeunes noirs et de maghrébins, en insinuant souvent l'existence de liens avec les organisations terroristes comme Al Qaeda. Cependant, les jeunes d'origine maghrébine, africaine ou antillaise sont en grande majorité des immigrés de la seconde et plus probablement encore de la troisième génération et dans tous les cas, ils sont français.

En outre, aucun journal ne mentionne le fait que les groupes de jeunes révoltés se composent non seulement de jeunes arabes et de jeunes noirs mais aussi de nombreux jeunes blancs qui partagent les mêmes conditions d'oppression et de répression policière. Ce ne sont pas les jeunes qui sont racistes, mais le patronat et l'Etat français qui pratique une discrimination systématique vis-à-vis des jeunes maghrébins, des jeunes noirs et des jeunes blancs qui vivent dans les mêmes banlieues déprimées.

Le fait que cette révolte prenne la forme rétrograde d'incendier et de casser des voitures et des bâtiments dans leur propres quartiers exprime la profonde frustration et le manque de perspective qui règnent dans ces couches vulnérables de la classe ouvrière.

Le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF) portent la principale responsabilité de la complète aliénation éprouvée par ces couches de la jeunesse vis-à-vis de la société. Non seulement la politique néo-libérale qui est intensifiée par l'actuel gouvernement de Dominique de Villepin et de son vice-premier ministre, Nicolas Sarkozy fut inroduite par des "gouvernements de la gauche" mais ce sont encore eux qui, en tant qu'élus municipaux, ont administré dans ces banlieues la destruction de tous les services sociaux, laissant des couches entières d'ouvriers et de jeunes livrées à leur sort.

Il y a de bonnes raisons de penser que la révolte des jeunes de Clichy-sous-bois fut fortement provoquée et exacerbée par l'intervention brutale des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), des gendarmes et de la police durant les deux nuits qui ont suivi la mort des jeunes Zyad Benna et Bouna Traore (voir "Eyewitness to Paris riots charges police with deliberate provocation").

Sarkozy, le ministre de l'Intérieur et chef de la police a passé les dernières années à renforcer la répression policière et a fait une suite de visites provoquantes dans des quartriers pauvres et opprimés, se lançant dans des confrontations hostiles avec les jeunes devant les caméras de télévision. Sarkozy a ainsi ouvertement adopté la politique de la démagogie anti-immigrés dans une tentative de prendre des voix et des membres au Front national fasciste de Jean-Marie Le Pen et du Mouvement pour la France (MPF) d'extrême droite de Philippe de Villiers, au profit de l'UMP (Union pour un mouvement populaire).

Sarkozy s'est d'abord fait critiquer par le Parti socialiste et même par des membres de son propre parti pour avoir provoqué la révolte par ses campagnes sécuritaires répressives. Cependant, lorsqu'est apparue toute l'ampleur de la révolte non seulement son propre parti, y compris son pire rival, le premier ministre de Villepin et le président Chirac, mais aussi le Parti socialiste ont serré les rangs autour de lui,.

Après quelques remarques superficielles critiquant Sarkozy, Jean-Marc Ayrault, le président du groupe parlementaire socialiste à l'Assemblée nationale et maire de Nantes, dit qu'on vivait dans un Etat géré par la Loi, qu'incendier des voitures n'était pas sans conséquence et que cela devait être "sévèrement puni". L'ex-ministre socialiste et aspirant présidentiable Dominique Strauss-Khan déclara pour sa part que la diminution du nombre de policiers dans les banlieues, la dissolution des groupes de policiers qui avaient la charge de cités particulières, l'annulation des efforts de prévention ont entrainé "plus de violence qu'on en a jamais connu".

Le gouvernment a dépêché les CRS haïs de tous dans les banlieues, ce qui explique le forte montée des arrestations du dernier week-end. Samedi, il a eu recours à sept hélicoptères afin de filmer les jeunes et de les signaler à l'intervention des CRS. Un nombre de députés UMP ainsi que certains dirigeants de la police ont réclamé l'intervention de l'armée.

Dimanche soir, le président Chirac, sortant d'une réunion du conseil national de la sécurité intérieure déclara que sa priorité était le rétablissement de la sécurité et de l'ordre public. Le premier ministre de Villepin, à l'issue de la même réunion dit qu'il annoncerait de nouvelles mesures lundi et promit que le gouvernement allait accélerer les procès et les condamnations des jeunes arrêtés. Déjà plus de vingt jeunes ont été condamnés la semaine dernière à des peines allant jusqu'à un an de prison.

La semaine dernière, la presse française avait cité des politiciens, tant de l'UMP que de l'opposition, qui avaient pris un tant soit peu leurs distances vis-à-vis de Sarkozy et avaient souligné qu'en plus de l'intervention policière il fallait s'occuper des causes sociales des émeutes. A présent, onze jours seulement après la mort des deux jeunes de Clichy-sous-Bois, de tels sentiments ont largement disparu et le gouvernement, avec le soutien de l'opposition, prépare une répression en grand des émeutes.

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