Perspective

Helen Halyard (1950-2023), hommage à une vie consacrée à la victoire du socialisme mondial

Nous publions ici l’hommage rendu par David North à Helen Halyard, membre éminent du Parti de l’égalité socialiste et du Comité international de la Quatrième Internationale pendant plus d’un demi-siècle, décédée subitement à l’âge de 73 ans le 28 novembre. Les remarques de North ont ouvert une réunion commémorative pour Helen qui s’est tenue le dimanche 3 décembre.

Camarades, nous rendons aujourd’hui hommage à la camarade Helen Halyard. Le décès de la camarade Halyard le 28 novembre 2023 a mis fin à une vie d’une immense importance personnelle, politique et sociale. Helen a consacré 52 des 73 années de sa vie à la construction du mouvement trotskiste mondial, le Comité international de la Quatrième Internationale. Dans son discours célébrant la fondation de la Quatrième Internationale en 1938, Trotsky a déclaré que chaque cadre porte sur ses épaules «une particule du sort de l’humanité». En ce qui concerne Helen, il convient d’apporter un amendement à cette observation: elle portait sur ses épaules bien plus qu’une simple particule.

En tant que marxistes, habitués à évaluer le travail et les progrès du mouvement socialiste dans le contexte d’une époque révolutionnaire, nous avons tendance à considérer et à parler des années et même des décennies comme s’il s’agissait de simples «moments» dans la vaste étendue de l’histoire. Cette minimisation, bien que justifiée pour évaluer l’évolution de la société, est en fait en contradiction avec l’expérience personnelle du temps qui passe, des différentes étapes de la vie et du processus de vieillissement de l’être humain. Souvent, nous ne pouvons que nous demander où sont passées toutes les années écoulées. Pourtant, en tant que matérialistes historiques, nous comprenons que le processus révolutionnaire et le rythme des événements ne sont pas déterminés par la durée de notre vie individuelle et ne peuvent pas être mesurés par elle.

La cause à laquelle nous avons consacré notre vie a commencé avant que nous n’entrions dans le monde, et elle continuera après que nous l’aurons quitté. Nous construisons sur les fondations créées par nos prédécesseurs et, pendant les années qui nous sont imparties, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer la victoire du socialisme et la marche en avant de l’humanité.

La capacité à situer sa vie dans un contexte historique plus large est un élément essentiel d’un travail révolutionnaire sérieux, évitant à la fois le découragement face aux échecs et l’euphorie injustifiée lorsque les efforts sont récompensés par le succès. Il n’y a rien de fataliste dans cette approche. Mais l’expérience nous apprend qu’il est plus sage de considérer les échecs et les succès dans leur relation dialectique, comme des manifestations contradictoires interconnectées d’une situation objective complexe dans laquelle nous travaillons et que nous cherchons à influencer par notre pratique. En outre, ce qui apparaît d’abord comme un revers peut ensuite être perçu comme la première étape d’un progrès futur.

Aujourd’hui, nous ne nous intéressons pas au processus historique en général, mais plutôt à sa réfraction à travers la vie d’un membre particulièrement remarquable de notre parti. Dans ce cadre plus spécifique, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître à quel point l’histoire du mouvement trotskiste est liée à la vie d’Helen Halyard. Ces deux derniers mois, nous avons commémoré le centenaire de la création de l’Opposition de gauche en octobre 1923, qui a conduit 15 ans plus tard à la fondation de la Quatrième Internationale. Nous célébrons également le soixante-dixième anniversaire du Comité international, créé en réponse à la publication de la Lettre ouverte de James P. Cannon en novembre 1953.

Le travail politique d’Helen a couvert plus de la moitié de l’histoire du mouvement trotskiste. Sa décision de rejoindre la Workers League (le prédécesseur du Parti de l’égalité socialiste) en décembre 1971 fut prise cinq ans seulement après sa fondation en novembre 1966 et 18 ans seulement après la publication de la Lettre ouverte.

Au cours de sa longue carrière politique, Helen a été témoin de changements fondamentaux dans la structure sociale, économique, technologique, géopolitique et politique du monde. Comment expliquer, au milieu de tous ces changements, son attachement indéfectible aux idéaux de sa jeunesse, son hostilité irréconciliable à l’ordre social existant et, malgré un environnement politique réactionnaire et une régression culturelle, sa confiance absolue dans le programme et la perspective de la Quatrième Internationale et dans la victoire de la révolution socialiste mondiale?

La personnalité politique d’Helen a été façonnée par l’interaction toujours complexe de l’influence active de l’environnement social et culturel historiquement formé, d’événements objectifs et d’expériences personnelles. Helen est née à Brooklyn, à New York, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une période caractérisée par un mouvement grandissant de la classe ouvrière. L’élément le plus militant de ce mouvement aux États-Unis, malgré les limites de sa direction bourgeoise et petite-bourgeoise, était la lutte de masse pour les droits civiques de la classe ouvrière afro-américaine et de larges sections de la jeunesse. Confirmant la remarque que nous avons déjà faite sur le caractère prolongé du processus historique, ce mouvement était dans une large mesure motivé par la conscience aiguë que les idéaux proclamés par les révolutions américaines des 18e et 19e siècles n’avaient pas été réalisés.

Helen s’adressant à une jeune à la table de littérature lors d’une foire des Young Socialists à Detroit dans les années 1980

Dès son plus jeune âge, Helen s’est imprégnée de l’esprit militant et de la culture du mouvement des droits civiques. Elle a lu les œuvres de Langston Hughes, Richard Wright, Ralph Ellison, James Baldwin, et a été profondément émue par A Raisin in the Sun de Lorraine Hansberry, ainsi que par un roman écrit, faut-il le noter, par une auteure blanche, «To Kill a Mockingbird» de Harper Lee. Helen aimait également les chansons de George Gershwin, en particulier celles interprétées par Ella Fitzgerald, et l’opéra Porgy and Bess du grand compositeur.

À la fin des années 1950 et dans les années 1960, les écoliers de New York assistaient parfois aux répétitions de l’après-midi au Metropolitan Opera House. L’initiation à la musique classique était encore considérée comme un élément essentiel de l’éducation des jeunes. Les barrières raciales qui avaient empêché les artistes noirs d’accéder aux grandes institutions culturelles étaient en train d’être balayées. La soprano noire de Laurel, dans le Mississippi, Leontyne Price, qui avait, sur l’insistance d’Ira Gershwin, recréé le rôle de Bess dans Porgy and Bess lors de la reprise du début des années 1950, fit enfin ses débuts au Metropolitan en 1961 et partit à la conquête des opéras du monde entier.

Helen a été influencée et inspirée par ces tendances culturelles progressistes. Plus tard dans sa vie, lorsqu’elle se rendait à Berlin pour des activités politiques, elle ne manquait pas l’occasion d’assister à une représentation à l’opéra allemand.

C’est toutefois l’environnement politique qui a exercé la plus grande influence sur la conscience sociale d’Helen. Son adolescence coïncidait avec le caractère de plus en plus violent de la lutte pour les droits civiques. Les sermons pacifistes du révérend Martin Luther King, complétés par des appels au Parti démocrate, ne pouvaient contenir les contradictions explosives de la société américaine et la colère de la classe ouvrière.

Les mouvements nationalistes noirs et leurs porte-parole, en particulier Malcolm X, trouvaient un public de plus en plus large parmi les jeunes des villes du Nord. Les rébellions urbaines entre 1964 et 1968 – à Harlem, Watts, Newark, Detroit et dans d’autres villes – ont certainement contribué à la radicalisation politique d’Helen. Mais Helen n’était pas attirée par la rhétorique raciale et le programme du nationalisme noir. Son père était éboueur. Sa mère, Ruby, était membre de l’International Lady Garments Workers Union (ILGWU). Le quartier de Bedford-Stuyvesant à Brooklyn dans lequel elle a grandi était un quartier ouvrier polyglotte avec une population importante de Juifs – dont beaucoup avaient conservé leurs sympathies socialistes traditionnelles –, de Portoricains, d’Italiens et d’autres communautés ethniques. Elle avait tendance à voir la société à travers le prisme de la classe, et non de la race.

Helen lors d’une marche des YS à Detroit en 1985 pour faire libérer Gary Tyler

La guerre du Viêt Nam et les luttes anti-impérialistes qui se déroulaient dans le monde entier avaient contribué à lui faire prendre conscience du contexte mondial plus large et de la nature des conflits sociaux qui faisaient rage aux États-Unis. À l’âge de 20 ans, Helen était convaincue, comme tant d’autres de sa génération, que rien de moins que le renversement du capitalisme et son remplacement par le socialisme était nécessaire. Mais comment y parvenir? Comment rassembler et organiser les forces nécessaires à la réalisation de cette tâche colossale? Ces forces existaient-elles? Existait-il une puissance supérieure à celle du capitalisme américain et du complexe militaro-industriel impérialiste? Pour ces questions, ni Helen ni les autres membres de sa génération idéaliste et en colère n’avaient de réponses évidentes et toutes faites.

Alors que les bouleversements sociaux et politiques de l’après-Seconde Guerre mondiale se déroulaient aux États-Unis et dans le monde, et qu’Helen et sa génération traversaient l’expérience critique de leur jeunesse, une autre lutte, au-delà de la sphère de leur conscience politique, faisait rage au sein de la Quatrième Internationale. Ce conflit n’était pas rapporté par la presse bourgeoise, qui ignorait hautainement les «querelles» entre les petits groupes trotskistes – tout comme la presse bourgeoise avait ignoré les querelles sur le programme et la perspective à la suite du congrès de 1903 du parti ouvrier social-démocrate russe qui s’était terminé par une scission entre les bolcheviks et les mencheviks. Pourtant, le conflit au sein du Comité international, centré sur des questions fondamentales telles que le sort de la révolution d’octobre 1917, les fondements matérialistes dialectiques de la théorie marxiste, la stratégie socialiste et la pratique révolutionnaire, était d’une importance historique infiniment plus grande que les combats de coqs quotidiens entre politiciens bourgeois.

La scission de 1953 au sein de la Quatrième Internationale – menée par James P. Cannon, le chef du Socialist Workers Party aux États-Unis – contre le révisionnisme antitrotskiste de la tendance pabliste, s’est avérée n’être que la première étape d’une longue lutte menée par le Comité international pendant des décennies pour défendre la perspective et le programme révolutionnaires internationaux sur lesquels la Quatrième Internationale avait été fondée. La tendance pabliste, soutenue par des sections d’une classe moyenne émergente de gauche, répudiait tous les principes programmatiques fondamentaux du trotskisme. Elle rejetait l’idée fondamentale de Trotsky, énoncée dans la première phrase du Programme de transition, le document fondateur de la Quatrième Internationale, selon laquelle «la situation politique mondiale dans son ensemble est principalement caractérisée par une crise historique de la direction du prolétariat».

Le résultat du révisionnisme pabliste était la négation totale de la nécessité de la Quatrième Internationale en tant que facteur essentiel d’une direction marxiste consciente dans la classe ouvrière; du rôle central et dirigeant de la classe ouvrière dans la lutte pour le renversement du système capitaliste à l’échelle mondiale; et, par conséquent, de la conquête du pouvoir d’État par la classe ouvrière – la dictature du prolétariat – en tant qu’étape nécessaire dans la transition vers une société socialiste.

La répudiation par les pablistes de la perspective historique mondiale de la révolution socialiste mondiale a entraîné le rejet de tous les autres éléments essentiels du programme trotskiste. La bureaucratie stalinienne en Union soviétique et ses régimes et partis satellites à travers le monde ne devaient pas être dénoncés, combattus et renversés en tant qu’agences contre-révolutionnaires de l’impérialisme mondial, comme Trotsky avait insisté. Au contraire, en attribuant aux bureaucraties de l’État et du parti un potentiel révolutionnaire, les pablistes cherchaient à liquider la Quatrième Internationale en tant que force politique indépendante. Ses cadres devaient être dissous dans les organisations staliniennes de masse, où ils joueraient le rôle de conseillers de gauche auprès de leurs dirigeants bureaucratiques, les incitant gentiment à réagir à la pression des masses.

Helen s’adressant à des étudiants de l’université de Colombo, au Sri Lanka, lors de la dernière étape de sa campagne présidentielle de 1992

La révision par les pablistes de la conception trotskiste fondamentale du rôle contre-révolutionnaire du stalinisme n’était qu’un élément de leur programme de liquidation. Les sections de la IVe Internationale restées sous la direction des pablistes après la scission de 1953 avaient pour instruction de se prosterner devant toute tendance politique – qu’elle fut stalinienne, sociale-démocrate, nationaliste bourgeoise ou même populiste de droite – qui exerçait une influence significative sur les mouvements de masse dans l’un ou l’autre pays.

Malgré le rôle central qu’il a joué dans la lutte contre le pablisme et la formation du Comité international, le Socialist Workers Party a reculé au cours des années 1950, sous la pression de l’environnement de la guerre froide, par rapport aux principes qui avaient été clairement énoncés par Cannon dans la Lettre ouverte. Il a progressivement détourné l’axe politique de son travail de la lutte pour construire la direction trotskiste dans la classe ouvrière pour établir des alliances avec les tendances de la classe moyenne. Aux États-Unis, le recul politique du SWP et sa préparation à la réunification avec les pablistes se sont exprimés le plus clairement dans son adaptation croissante aux dirigeants réformistes et nationalistes bourgeois du mouvement des droits civiques.

Les sections britannique et française du Comité international ont résisté à l’évolution vers la droite du Socialist Workers Party. La lutte a atteint son paroxysme entre 1961 et 1963. Saluant l’arrivée au pouvoir de Castro à Cuba comme la preuve qu’une révolution socialiste ne nécessitait pas la direction de la Quatrième Internationale, ni même l’existence d’un mouvement ouvrier politiquement indépendant, sans parler d’organes spécifiques de pouvoir ouvrier, le Socialist Workers Party a fait scission en juin 1963 du Comité international et rejoint les pablistes au sein du Secrétariat unifié nouvellement créé.

Neuf membres du Socialist Workers Party, menés par Tim Wohlforth et soutenus par Fred Mazelis, entre autres, se sont opposés à cette réunification sans principes. Un an plus tard, en septembre 1964, ils ont été expulsés du Socialist Workers Party après avoir exigé une discussion sur l’entrée du Lanka Sama Samaja Party, la section ceylanaise du Secrétariat unifié, dans le gouvernement de coalition bourgeois de Bandaranaike. Sur la base de la défense des principes trotskistes internationaux, les partisans expulsés du Comité international formèrent le Comité américain pour la Quatrième Internationale (ACFI). Deux ans plus tard, l’ACFI a créé la Workers League en tant que parti politiquement solidaire du Comité international.

Cette lutte cruciale menée par le Comité international s’est déroulée avant qu’Helen et d’autres membres de sa génération ne deviennent politiquement actifs. Mais elle a jeté les bases de leur développement futur en tant que trotskiste et l’a rendu possible. Il n’y aurait pas de mouvement trotskiste aux États-Unis ni dans aucune autre partie du monde, si le Comité international ne s’était pas opposé au révisionnisme pabliste et ne lui avait pas fait la guerre.

Il ne fait aucun doute qu’une rupture consciente avec toutes les formes de politique nationaliste noire était un élément essentiel de la lutte pour le marxisme et de la construction du mouvement trotskiste aux États-Unis. Le SWP a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher cette rupture. Il a cherché à glorifier les partisans du nationalisme noir, et même à les présenter – et Malcolm X en particulier – comme le modèle politique à suivre pour la jeunesse. Par exemple, après l’assassinat de Malcolm X en février 1965, George Breitman, un dirigeant de longue date du Socialist Workers Party, a écrit:

J’étais encore un jeune homme il y a 25 ans lorsqu’un autre grand révolutionnaire a été assassiné : Léon Trotsky. Peut-être n’ai-je pas pleinement réalisé que son leadership, ses conseils et sa sagesse politique allaient nous manquer… Quoi qu’il en soit, je n’ai pas pleuré lorsque Trotsky a été tué, et je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer lorsque Malcolm a été tué.

Personne ne conteste le courage de Malcolm X. Mais aussi tragique que soit le destin de Malcolm X, le fait de placer ce dernier sur le même plan que Trotsky, et l’utilisation cynique par Breitman d’un sentimentalisme larmoyant pour suggérer que les assassinats de Trotsky en 1940 (lorsque Breitman avait 25 ans) et de Malcolm X en 1965 étaient des événements d’une ampleur historique et politique similaire, illustrait les efforts du SWP pour désorienter les jeunes et entraver leur développement politique.

C’est instructif de comparer l’hommage opportuniste de Breitman à la réaction de Michael Banda, alors membre éminent de la Socialist Labour League (SLL) en Grande-Bretagne, à la mort de Malcolm X. Banda a qualifié l’assassinat de «totalement immonde, barbare et criminel et reflétant la haine fondamentale de la classe dirigeante blanche et de ses alliés noirs contre les travailleurs nègres et les pauvres des villes». Cependant, Banda n’a fait aucune concession politique à la politique nationaliste de Malcolm X et, malgré sa rupture avec Elijah Muhammad, son attitude ambivalente à l’égard des Black Muslims. «Il n’y a rien de progressiste chez eux», écrivait-il. «Ils sont complètement réactionnaires, contre-révolutionnaires, même».

En conclusion de son évaluation de la vie de Malcolm X et de la signification politique de son assassinat, Banda a écrit:

S’il y a une conclusion à tirer de cet acte barbare, c’est la suivante:

Seule l’unité des travailleurs blancs et noirs au sein d’un parti marxiste révolutionnaire consacré au renversement du capitalisme peut permettre l’émancipation complète des Noirs.

Sur cette voie, le nationalisme noir reste un obstacle majeur et une dangereuse distraction.

Ceux qui, comme les dirigeants du SWP, proclament que le nationalisme noir est progressiste [...] trompent et trahissent consciemment les luttes héroïques des travailleurs noirs. Ils contribuent à perpétuer une gigantesque trahison.

L’expérience historique a pleinement justifié cette condamnation du nationalisme noir, et en fait de tous les nationalismes, qui persiste à ce jour en tant qu’idéologie politique et programme et qui est encore plus réactionnaire qu’il ne l’était il y a soixante ans.

Les implications politiques plus larges de la lutte du Comité international contre les pablistes pour la perspective du trotskisme aux États-Unis ont été clairement énoncées par Gerry Healy, qui était le secrétaire national de la SLL et le principal dirigeant du Comité international, dans ses salutations fraternelles au congrès fondateur de la Workers League en novembre 1966:

La classe ouvrière des États-Unis est la force la plus puissante du monde et c’est au sein de cette classe que vous devez construire votre parti.

Il s’agit là d’un principe fondamental du marxisme, qui s’applique avec une urgence particulière aux conditions existant aux États-Unis. Ce n’est pas le Black Power ou les dizaines de mouvements pour la paix et les droits civiques qui s’étendent à travers le pays qui résoudront les questions fondamentales de notre époque, mais la classe ouvrière dirigée par un parti révolutionnaire.

C’est sur ce point que nous nous distinguons complètement des révisionnistes. Nous rejetons catégoriquement leur idée que les Noirs par eux-mêmes ainsi que les mouvements de la classe moyenne peuvent régler les comptes avec l’impérialisme américain. Quel que soit le soutien critique que nous sommes appelés à apporter de temps à autre à ces mouvements, l’essence de notre soutien doit être fondée sur la formulation claire de nos critiques à l’égard de leurs lacunes.

La capitulation ultérieure de Healy et Banda aux politiques du pablisme n’enlève rien à la lutte qu’ils ont menée pour défendre le trotskisme dans les années 1950 et 1960 et à leur contribution essentielle à la fondation de la Workers League et à l’éducation de ses cadres gagnés au trotskisme à la fin des années 1960 et au début des années 1970.

En fait, ils nous ont fourni les armes que nous avons utilisées dans les années 1980 dans la lutte contre la trahison du trotskisme par le Workers Revolutionary Party.

Helen faisait partie de ceux qui avaient été gagnés au trotskisme sur la base de la lutte menée par le Comité international au cours des deux décennies précédentes. C’est sur cette base que s’est développé, dans les décennies qui ont suivi, tout le travail du CIQI et de la Workers League/Parti de l’égalité socialiste.

Helen s’entretenant avec des travailleurs dans la zone franche de Katunayake, au nord de la capitale du Sri Lanka, à Colombo

Mon premier souvenir d’Helen remonte à la conférence de fondation des Young Socialists, le mouvement de jeunesse de la Workers League (et prédécesseur de l’IYSSE), le 18 décembre 1971. Nous avons tous deux intégré les rangs de la Workers League en janvier 1972 et sommes devenus membres du Comité politique un an plus tard. Notre collaboration quotidienne systématique à la direction de la Workers League n’est devenue possible qu’après l’éviction de Wohlforth du poste de secrétaire national en août 1974 et son remplacement par le camarade Fred Mazelis, qui a fermement rétabli des relations et des méthodes de travail fondées sur les principes et la camaraderie.

Ce n’est pas possible, dans le cadre de cette réunion commémorative, de résumer de manière adéquate la contribution d’Helen à la construction de la Workers League, du Parti de l’égalité socialiste et du Comité international de la Quatrième Internationale. Ceux qui prendront la parole aujourd’hui évoqueront l’un ou l’autre aspect de son travail, différents éléments de sa personnalité. Un résumé complet de sa contribution nécessiterait un examen du travail politique du mouvement trotskiste au cours des cinq dernières décennies. Sa vie est profondément ancrée dans tous les aspects de l’histoire de ce mouvement. Au cours de ses innombrables interventions dans la lutte des classes, Helen a contribué de manière significative à l’éducation d’innombrables travailleurs, qui respectaient et admiraient son dévouement courageux à la lutte contre un système d’exploitation injuste et brutal.

Mais même un compte rendu détaillé de ses activités politiques ne saurait rendre compte de l’ampleur de sa contribution au mouvement trotskiste et à ses cadres. Le parti révolutionnaire n’existe pas seulement comme une succession d’événements politiques formels et de routines organisationnelles. Il ne réside pas dans une sorte d’être céleste supra-humain. Ses cadres sont des personnes réelles, avec des passions et des problèmes, qui travaillent dans les joies et les malheurs de la vie, «les mille chocs naturels auxquels la chair est soumise». La persistance du travail révolutionnaire pendant des années et des décennies ne serait pas possible sans l’amitié des camarades, ceux à qui l’on peut se confier, et les amitiés formées dans la lutte commune pour une grande cause sont les plus fortes et les plus durables.

Helen était la plus sincère des amies. Elle pouvait être dure dans ses jugements. Si l’on voulait une réponse édulcorée à un problème politique ou personnel, on était bien avisé de s’éloigner d’Helen. Elle était franche, directe et toujours honnête. Mais cette honnêteté exprimait une sympathie et une préoccupation sincères.

Helen discute avec des amis lors de son 65e anniversaire, le 24 novembre 2015.

Les dernières années ont été difficiles pour Helen, confrontée à des problèmes de santé qui se multipliaient. Mais elle a reconnu la montée de la lutte des classes et l’influence grandissante du parti, et en a tiré une grande satisfaction. Elle était bien équipée pour évaluer les progrès de notre mouvement.

Helen a rejoint la Workers League quatre mois à peine après l’effondrement, le 15 août 1971, du système de Bretton Woods, qui avait servi de fondement au système économique de l’après-Seconde Guerre mondiale. Ce système reposait sur la convertibilité du dollar en or au taux de 35 dollars l’once, soit plus de 2.000 dollars de moins que la valeur actuelle de l’once d’or.

Le monde politique de 1971 était très différent de celui d’aujourd’hui. Le régime stalinien – ou ce que l’on appelait le «socialisme réel existant» – existait toujours en Union soviétique, et les partis basés sur le stalinisme ou l’une de ses variantes nationales détenaient le pouvoir de l’Oder en Allemagne de l’Est jusqu’au Pacifique Nord et à la mer de Chine méridionale. En dehors du Comité international, il n’existait pas un seul parti qui considérait même la possibilité qu’en l’espace de vingt ans seulement, ces régimes allaient être balayés du pouvoir et que les partis staliniens de masse en Europe occidentale cesseraient d’être des forces politiques d’importance.

Les partis sociaux-démocrates et les syndicats auxquels ils étaient alliés bénéficiaient encore du soutien actif des plus militants de la classe ouvrière. Le castrisme et le péronisme étaient salués par les pablistes comme de véritables alternatives révolutionnaires au trotskisme. Salvador Allende était au pouvoir au Chili. En Afrique et au Moyen-Orient, les mouvements nationalistes bourgeois s’habillaient de vêtements pseudo-révolutionnaires et étaient célébrés par les pablistes comme les pionniers inconscients d’une nouvelle voie nationale vers le socialisme qui réfutait la théorie de la révolution permanente. La Chine, sous Mao, était encore en pleine révolution culturelle.

Seul le Comité international fondait sa perspective sur une compréhension de la crise mondiale du capitalisme, de l’obsolescence historique du système des États-nations, du déclin de l’impérialisme américain et de la puissance révolutionnaire de la classe ouvrière américaine et internationale.

Le sort de tous les mouvements nationalistes staliniens, révisionnistes et bourgeois a confirmé la déclaration de Trotsky: «En dehors des cadres de la Quatrième Internationale, il n’existe pas de parti révolutionnaire digne de ce nom». Helen a vécu assez longtemps pour être témoin de la justesse de cette déclaration.

La véritable mesure de l’importance d’une vie est ce qu’elle laisse derrière elle, son effet durable sur le monde. Selon ce critère rigoureux, la vie d’Helen Halyard a un caractère durable. Elle ne sera jamais oubliée. Le Comité international de la Quatrième Internationale est son héritage. Il poursuivra la lutte pour la libération de la classe ouvrière et de l’humanité à laquelle Helen s’est consacrée corps et âme.

Longue vie à la mémoire de la camarade Helen Halyard!

Longue vie au Comité international de la Quatrième Internationale!

En avant vers la révolution socialiste mondiale!

(Article paru en anglais le 4 décembre 2023)

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